Plainte contre Paul Biya : Jean de Dieu Momo recadre sévèrement Issa Tchiroma

En réaction à la plainte déposée en France contre le président Paul Biya par Issa Tchiroma Bakary, le ministre délégué auprès du ministre de la Justice, Jean de Dieu Momo, monte au créneau. Dans une charge virulente, il dénonce une démarche qu’il qualifie de retour à la « tutelle coloniale » et exhorte ses compatriotes à faire confiance à la justice nationale plutôt que de chercher une légitimité à l’étranger.

Lire ci-dessous sa lettre :

COMPÉTENCE UNIVERSELLE OU TUTELLE JUDICIAIRE ? L’AFRIQUE FACE AU DÉFI DE SA SOUVERAINETÉ

La plainte déposée en France contre le Président de la République du Cameroun Paul Biya et certains membres du gouvernement par Monsieur Issa Tchiroma Bakary soulève une question qui dépasse largement les personnes concernées.

Elle nous interpelle sur la place que les Africains accordent à leurs propres institutions, à leur justice et à leur souveraineté. Elle rappelle celle que Djeukam Tchameni avait également déposé en Belgique contre le président de la République Paul Biya en début des années 2000 au prétexte de la compétence universelle.

Au-delà des divergences politiques légitimes qui caractérisent toute démocratie, une interrogation fondamentale demeure : lorsqu’un citoyen africain demande à une juridiction étrangère de juger les plus hautes autorités de son pays, quel message envoie-t-il au monde ?

Implicitement ou explicitement, il affirme que les institutions nationales seraient incapables de connaître des affaires touchant à la vie publique. Il suggère que la justice étrangère serait plus légitime, plus crédible et plus compétente que celle de son propre pays.

Cette démarche pose un problème politique majeur. Elle suggère très explicitement que nous devons retourner à la colonisation !

Pendant des décennies, les peuples africains ont mené de longues luttes pour conquérir leur indépendance. Ils ont construit des États souverains, adopté des constitutions, mis en place des juridictions et créé des mécanismes de contrôle démocratique. Certes, aucune institution humaine n’est parfaite. Mais peut-on prétendre bâtir des États forts tout en contestant systématiquement leur légitimité dès qu’un désaccord politique survient ?

La compétence universelle est née d’une intention noble de la communauté internationale, celle d’empêcher que les auteurs des crimes les plus graves contre l’humanité puissent trouver refuge derrière les frontières nationales. Mais l’expérience internationale montre que son application soulève souvent des interrogations quant à son utilisation sélective.

Pourquoi observe-t-on si fréquemment des procédures visant des responsables des pays du Sud, notamment africains, alors que certaines grandes puissances paraissent moins exposées à ce type de contentieux ?

Cette question mérite d’être posée sans complexe.

L’Afrique doit naturellement lutter contre l’impunité. Mais elle doit aussi refuser toute forme de dépendance judiciaire qui reviendrait à considérer que la vérité ne peut être dite qu’à Paris, Bruxelles, Londres ou Washington.

Une telle logique conduit à une conséquence dangereuse : elle transforme progressivement la souveraineté politique en souveraineté conditionnelle.

Or, une nation qui ne croit plus en sa propre justice finit par ne plus croire en elle-même.

L’avenir de l’Afrique ne réside pas dans le retour à une quelconque tutelle extérieure. Il réside dans le renforcement de ses institutions, dans l’amélioration continue de ses systèmes judiciaires et dans la confiance que les citoyens accordent à leurs propres mécanismes de règlement des différends.

Les défis africains doivent être affrontés avec courage, lucidité et responsabilité. Mais ils doivent être résolus d’abord par les Africains eux-mêmes.

Nous avons le devoir de construire une justice crédible. Nous avons le devoir de défendre notre souveraineté. Nous avons surtout le devoir de transmettre aux générations futures une conviction simple : l’Afrique n’est pas un espace sous surveillance permanente de puissances extérieures ; elle est un continent de nations libres, dignes et responsables de leur propre destin. La souveraineté n’est pas un privilège. Elle est la condition même de la liberté des peuples.

Dr Momo Jean de Dieu

Sous-titre: Lettre ouverte à Issa Tchiroma Bakary : Honte à vous !

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