Les enjeux des foyers culturels de l’Ouest

Dans cette communication de l’observateur de l’espace politique Oscar Njiki estime que la prolifération des foyers culturels de l’ouest au Cameroun a un tout autre enjeu.

« Habitués, peut-être, à se réunir pour disséquer autrui comme on dissèque une grenouille en classe de biologie, ils s’imaginent que ces foyers ont été conçus contre eux. Quelle illusion ! Ces « institutions » ne sont nullement des clubs de médisance, mais de véritables « laboratoires » où l’on parle du village qu’ils désignent, des fils et filles de ce village, de l’entraide, de la solidarité, des projets de développement et des activités culturelles. Ce sont des lieux où l’on cultive la mémoire et la dignité, plutôt que de se perdre dans le bavardage stérile et l’obsession maladive de l’autre . C’est ridicule de voir certains s’offusquer qu’on puisse se réunir sans prononcer leur nom, comme si l’absence de leur silhouette dans la conversation constituait une offense à leur ego hypertrophié. Mais qu’ils se rassurent : les Bamiléké n’ont nul besoin d’eux pour meubler leurs discussions. Les foyers culturels ne sont pas des forteresses anti-autres, mais des « espaces de densification de soi », où l’on se retrouve pour ne pas se dissoudre dans le quotidien au contact des autres. Car oui, passer la semaine à fréquenter autrui impose, au moins une fois, de se retrouver entre soi, pour ne pas devenir uniquement les autres à force de les côtoyer. Un peu de soi, un peu des autres, et surtout soi avec les autres : voilà l’essence de l’africanité, voilà l’esprit camerounais . Et qu’on ne vienne pas dire que ces foyers sont une invention urbaine destinée à marquer une différence dans les métropoles. Non ! Ils existent dans tous les villages de l’Ouest Cameroun. Bangangté, par exemple, possède plusieurs foyers culturels non seulement à Bangangté même, mais aussi à Bafoussam, Dschang, Mbouda, Bafang et ailleurs. Et, réciproquement, les autres villages ont leurs foyers à Bangangté. C’est partout ainsi : une véritable cartographie de la réciprocité, preuve que l’identité bamiléké ne se dilue pas dans la mobilité mais se régénère dans l’institution. Le retour vers soi n’est pas une fermeture, mais une condition d’ouverture. Car que vaut une intégration confondue avec une assimilation, une acculturation, une aliénation, une dépersonnalisation totales, sinon une caricature grotesque de l’universalité ? L’ouverture véritable suppose un socle solide : on ne dialogue pas avec autrui en se vidant de sa substance, mais en affirmant ce que l’on est. Les foyers culturels bamiléké rappellent que l’intégration n’est pas absorption, mais « coexistence féconde des différences ». Ceux qui les accusent d’exclusion devraient commencer par s’interroger sur leur propre obsession de l’autre ; mais il est vrai que pour certains, penser par soi-même est une tâche trop ardue, et qu’il est tellement plus confortable de répéter des slogans creux, tels des perroquets persuadés d’être des anthropologues »

 

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