« Je confesse avoir abandonné le combat, et c’est signe d’intelligence »

Dans cette tribune, le cardiologue garantit que pour le moment, il se met en retrait de la politique parce que le peuple camerounais n’est pas encore prêt pour une mutation de régime.
LE SILENCE DE LA RAISON.

En réponse à la tribune de Jean-Pierre Bekolo, intitulée C’EST QUOI CE SILENCE (voir premier commentaire), interpellant plusieurs intellectuels, hommes politiques et acteurs majeurs de la société camerounaise, je me fais le devoir de lui apporter ma réponse.
Oui j’ai eu l’immense honneur d’être cité par ce grand homme du monde du cinéma et de la culture en général dans cette prestigieuse liste de personnalités.
Il y a des silences futiles mais également certains silences utiles, salvateurs.

Face à un peuple englué dans l’approbation de l’impossible, de l’inadmissible, de l’infamie, de l’absurde, du laid, du très laid, de la négation du bon sens, il faut tourner le dos et s’en aller.
Partir pour s’éloigner de l’abjecte, de la vomissure d’un pays et d’un peuple qui ne mérite aucune attention, aucune considération.
Le rôle d’un intellectuel est de bastonner l’inexactitude des politiques de gouvernance, de fouetter la conscience des peuples, afin de les éclairer sur ce qui est beau, ce qui leur permet d’avancer.
L’intellectuel a donc besoin de sentir l’utilité de son discours, de ses actions. Il s’agit d’un CONTRAT SOCIAL dont la dynamique positive a pour but de restaurer l’ORDRE SOCIAL.

Au Cameroun, quel est l’ordre social voulu par un peuple qui a fini par oublier Martinez ZOGO et les autres ? Un peuple qui vient d’oublier Anicet EKANE et les plus de 500 sacrifiés d’une révolution avortée ? Un peuple qui s’est adapté à la pourriture ?

Quel est l’ordre social dans un pays où un … est toujours considéré comme chef d’Etat, au point où même les plus farouches opposants de ce régime se surprennent à être déçus de l’absence d’un nouveau gouvernement… de bandits ?

Mon cher Jean-Pierre, oui je suis silencieux. Oui je confesse avoir abandonné le combat, et c’est signe d’intelligence.
J’ai tout sacrifié et perdu dans ce combat pour une fausse cause, celle d’un contrat social à la camerounaise : le « je veux voir mes enfants grandir ».

Mon silence est des plus utiles : abandonner ce peuple qui n’a pas encore assez souffert. Il doit souffrir, sous les assauts répétitifs de la mauvaise gouvernance de ceux qu’il admire paradoxalement. Quand la coupe sera pleine, qu’il disputera les poubelles avec les chiens pour calmer sa famine, que les maladies de la pauvreté auront raison sur les 2/3 de la population, il va se réveiller pour sa révolution à lui.

En attendant, je me régale dans ce que je sais faire le mieux : faire de la bonne médecine dans un pays qui a placé l’humain au centre de ses politiques de développement.

Amitiés

Aimé Bonny

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