Le séjour du Pape Léon XIV au Cameroun, achevé le 18 avril 2026, laisse derrière lui un sillage de ferveur religieuse et de questionnements politiques. Si le souverain pontife a multiplié les appels à la réconciliation de Yaoundé à Bamenda, de nombreux observateurs doutent de l’impact réel de ses mots. Sur le plateau d’Équinoxe TV, l’opérateur économique Maurice Nounga a livré une analyse froide de l’hermétisme du pouvoir en place.
L’enthousiasme des fidèles a-t-il déjà cédé la place à la « Realpolitik » ? Deux jours seulement après le départ du Pape Léon XIV pour Luanda, le bilan de sa visite apostolique de quatre jours (du 15 au 18 avril 2026) s’invite dans l’arène médiatique. Entre le 8 mars, date symbole des droits et de la survie sociale, et cette fin de périple pontifical, les fractures camerounaises demeurent au centre des débats.
Une refondation nationale
Arrivé en provenance d’Algérie, le chef de l’Église catholique a parcouru un pays marqué par dix ans de conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. À travers quatre interventions majeures, Léon XIV a dressé un diagnostic sans complaisance. Il a abordé le chômage endémique, l’exode des jeunes et la répartition inégale des richesses. Ce message, d’une rare densité, visait une « refondation nationale » dépassant les frontières du triangle national.
Le « cadavre Cameroun » n’est pas prêt à se réveiller devant la loi
Pourtant, cette « diplomatie de la parole » se heurte à un scepticisme croissant. Invité de l’émission dominicale Droit de Réponse sur Équinoxe TV, l’opérateur économique Maurice Nounga s’est montré particulièrement dubitatif. Pour lui, la structure même du régime camerounais empêche toute transformation profonde impulsée par une autorité morale extérieure.
« Le sentiment que j’ai, c’est que le pape a prêché dans le désert. Ça se voit », a tranché Maurice Nounga sur le plateau. Pour illustrer son propos, il a convoqué une imagerie populaire frappante : « Chez nous au village, on dit que lorsqu’un cadavre veut se réveiller, c’est sur ses paupières que cela se remarque. Le « cadavre Cameroun » n’est pas prêt à se réveiller devant la loi. Ses paupières ne peuvent pas cligner simplement parce que le pape est venu. »
Cette métaphore souligne ce que les politologues nomment la « résilience autoritaire ». Selon Nounga, le pouvoir de Yaoundé privilégie la préservation de ses leviers de commande et de ses intérêts. « Le régime en place tient des leviers qu’il n’est pas prêt à lâcher. Il est prêt à nous sacrifier tous au nom de la continuité de son pouvoir », a-t-il poursuivi.
Une diplomatie de l’hypocrisie ?
Maurice Nounga dénonce une forme de mise en scène diplomatique sans lendemain. Il qualifie l’interaction entre le Vatican et les autorités de Yaoundé de « bisounours » et d’« hypocrisie sans nom ». Son constat est amer : l’accueil chaleureux ne serait qu’une parenthèse protocolaire. « On rit, on se tapote, le temps d’une visite… puis la prochaine fois, le temps file, les jours continuent », déplore-t-il.





