Une ordonnance du Cabinet d’instruction n°1 du Tribunal militaire de Douala, datée du 6 avril 2026, marque le renvoi en jugement de MM. Essama André Blaise et Nzepang Siakam Scotty Winner. Ces deux citoyens camerounais, activistes, devront répondre de charges criminelles et correctionnelles. L’affaire, instruite par le Lieutenant-Colonel Effangono Martin Paul, soulève à nouveau le débat sur la compétence des juridictions militaires face aux civils.
La justice militaire de Douala s’apprête à juger deux nouveaux civils. Selon des documents officiels consultés par 237Actu, le Lieutenant-Colonel Effangono Martin Paul, Magistrat et Juge d’Instruction au Tribunal Militaire de Douala (TM Douala), a signé le 6 avril 2026 une « Ordonnance de renvoi devant le Tribunal Militaire de Douala statuant en matière criminelle ». Ce document, référencé Dossier N°081/CT1/2026, vise MM. Essama André Blaise et Nzepang Siakam Scotty Winner.
Une vidéo « hostile » à la veille de l’investiture présidentielle
L’origine de l’affaire remonte à la période post-électorale de la fin de l’année 2025. L’ordonnance relate qu’en date du 5 novembre 2025, « veille de l’investiture du Président de la République », André Blaise Essama a tourné une vidéo « à caractère hostile contre les institutions ». Cette scène s’est déroulée au quartier Bonakouamouang, à Douala.
Le document d’instruction précise que M. Essama a diffusé cette vidéo sur son compte FACEBOOK, et qu’elle a été relayée « à travers ceux de certains activistes tels que Boris Bertolt et Nzui Mento ». L’élément matériel le plus à charge retenu par l’instruction est le fait que M. Essama brandissait, lors du tournage, « une banderole sur laquelle était estampillée la photographie du candidat autoproclamé vainqueur ISSA TCHIROMA BAKARY ».
Qualification des faits et charges retenues
Sur la base de ces investigations, l’ordonnance du 6 avril 2026 clôt l’information judiciaire et établit les charges suivantes :
Pour André Blaise Essama (49 ans, informaticien domicilé à Douala), les charges retenues sont criminelles. Il est renvoyé pour :
- « Fait publiquement l’apologie des crimes de pillage, destruction ainsi que des crimes ou délits d’atteinte à la sûreté de l’État […] en invitant les populations à l’insurrection. »
Pour Nzepang Siakam Scotty Winner (44 ans, écrivain domicilié à Douala), les charges sont correctionnelles. Il est renvoyé pour :
- « Par des violences ou voies de fait, empêché quiconque d’agir pour l’exécution des lois », précisément en s’opposant à l’interpellation d’André Blaise Essama par des éléments du Commissariat de Sécurité Publique du 4ème arrondissement de Douala, le 4 novembre 2025.
- « Troublé le fonctionnement d’un service public auquel il est étranger », à savoir l’unité d’enquête.
Les faits sont prévus et réprimés par les articles 74, 157 (1b), 185 et 267 du Code Pénal, ainsi que l’article 8(e) du Code de Justice Militaire. En conséquence, le Juge d’Instruction a prononcé leur renvoi devant le TM Douala statuant en matières « criminelle » (pour Essama) et « correctionnelle » (pour Nzepang), « pour y être jugé conformément à la loi ».
Le débat persistant sur la compétence des tribunaux militaires
Cette nouvelle procédure vient raviver une controverse de longue date au Cameroun : la traduction de civils devant des juridictions d’exception. Bien que le Code de Justice Militaire de 2017 confère une telle compétence dans certaines circonstances, de nombreuses organisations de défense des droits humains s’y opposent fermement.
Certains observateurs et avocats de la société civile estiment que cette pratique viole des Traités et Conventions Internationaux ratifiés par le Cameroun, tels que le Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques ou la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Le concept de « procès équitable » est souvent invoqué, les critiques arguant que les tribunaux militaires n’offrent pas les mêmes garanties d’indépendance et d’impartialité que les juridictions civiles.
L’affaire Essama et Nzepang se jouera désormais dans l’enceinte du Tribunal Militaire de Douala, sous l’œil attentif des institutions de défense des droits civiques.





