Six semaines sans apparition publique. Depuis le 20 mai dernier, le silence entoure le président Paul Biya, âgé de 93 ans. Entre les révélations de la presse internationale sur une hospitalisation à Genève, les déclarations contradictoires de son entourage et le mutisme officiel des autorités, le Cameroun est plongé dans une inquiétante incertitude. Une nation entière scrute le moindre signal, face à un pouvoir devenu invisible.
Depuis la célébration de la fête nationale le 20 mai dernier, le chef de l’État a totalement disparu des radars. Cette absence prolongée alimente les spéculations les plus alarmantes. Alors que le gouvernement balaie d’un revers de main les informations faisant état d’un malaise et d’une évacuation sanitaire en Suisse, aucune preuve de vie n’est venue rassurer une opinion publique en quête de vérité.
La confusion s’est accrue avec les sorties médiatiques imprévisibles de sa propre fille, Brenda Biya, dont les propos sur la santé de son père ont jeté un froid glacial sur le pays. Si ces déclarations restent à prendre avec une extrême prudence, elles illustrent le vide communicationnel laissé par les institutions. En l’absence de transparence, les rumeurs deviennent la seule source d’information pour des millions de Camerounais.
Ce silence est symptomatique d’un système où la santé du dirigeant demeure un secret d’État jalousement gardé, au mépris des exigences de transparence démocratique. Après quarante-quatre ans de règne, le Cameroun se retrouve face à un paradoxe inquiétant : celui d’un pays piloté dans l’opacité totale par un homme dont l’état réel échappe au contrôle de ses concitoyens.
En refusant de dissiper le mystère, l’appareil d’État fragilise la stabilité du pays. À l’heure où les défis nationaux exigent une direction claire et présente, ce flou artistique transforme la gestion des affaires publiques en une lecture d’indices incertains. Le Cameroun, suspendu à une énigme genevoise, attend désormais que le voile soit levé sur le destin du « Sphinx » de Mvomeka’a.





