Le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé est affecté à Maroua alors que le procès de l’assassinat du journaliste se poursuit. Une mutation administrative qui, par son timing, soulève de nouvelles questions sur la suite de la procédure.
Alors que l’affaire Martinez Zogo continue de retenir l’attention de l’opinion publique et que les débats se poursuivent devant le Tribunal militaire de Yaoundé, le lieutenant-colonel Cerlin Belinga, commissaire du gouvernement près cette juridiction, quitte son poste. Il est désormais affecté au Tribunal militaire de Maroua où il exercera comme vice-président, cumulativement avec les fonctions de juge d’instruction. À Yaoundé, il est remplacé par le lieutenant-colonel André Éric Atemengue Omgba.
Une mutation au milieu d’un procès sensible
Sur le plan administratif, rien ne permet de présenter cette décision comme une sanction. Cerlin Belinga demeure dans la magistrature militaire et reçoit de nouvelles responsabilités. Mais le contexte dans lequel intervient cette affectation donne forcément à la décision une résonance particulière car depuis l’ouverture de la procédure sur l’assassinat de Martinez Zogo, le Tribunal militaire de Yaoundé est au centre d’une affaire qui dépasse largement le cadre judiciaire.
Les audiences sont suivies avec attention par l’opinion nationale, les organisations de défense de la liberté de la presse et les observateurs internationaux. Dans ce contexte, le remplacement du commissaire du gouvernement constitue nécessairement un changement dans la configuration du procès. Belinga quitte le parquet, mais pas la justice militaire.
Il convient toutefois de distinguer les faits des interprétations. L’affectation de Cerlin Belinga à Maroua ne signifie pas qu’il est exclu de la justice militaire. Il y conserve des fonctions judiciaires importantes. Parler de « sanction » ou de « rétrogradation » serait donc, à ce stade, aller au-delà de ce que permet d’établir la décision officielle.

La véritable interrogation porte davantage sur l’impact de ce changement sur la conduite de l’affaire Martinez Zogo. Quel changement avec le nouveau commissaire du gouvernement ? Le lieutenant-colonel André Éric Atemengue Omgba prend désormais en charge le ministère public près le Tribunal militaire de Yaoundé. Il arrive dans un dossier déjà largement documenté et jalonné de plusieurs épisodes judiciaires.
La question sera donc de savoir s’il poursuivra dans la continuité de son prédécesseur ou si une nouvelle dynamique apparaîtra dans la conduite de la procédure. Les prochaines audiences pourraient fournir les premiers éléments de réponse pour une affaire qui a déjà connu plusieurs tournants.
En effet, Cerlin Belinga avait lui-même été associé à plusieurs moments importants de la procédure. En décembre 2023, sa démarche avait notamment précédé le dessaisissement du juge d’instruction Florent Aimé Sikati Kamwo, remplacé par le magistrat Pierrot Narcisse Nzie. Son départ intervient ainsi après avoir été directement impliqué dans plusieurs séquences de cette affaire hors norme.
La vraie question est désormais ailleurs
Plus que la mutation elle-même, c’est donc la suite judiciaire du dossier qui mérite d’être observée. Le nouveau commissaire du gouvernement modifiera-t-il la stratégie du parquet ? Les mêmes orientations seront-elles maintenues ? Les différentes pistes explorées jusqu’ici continueront-elles d’être examinées avec la même intensité ? Impossible de répondre pour l’instant.
Une chose est cependant certaine : le départ de Cerlin Belinga ne clôt pas l’affaire Martinez Zogo. Il ouvre une nouvelle séquence dans sa gestion judiciaire. Dans un dossier où chaque décision est scrutée, cette transition ne manquera donc pas d’être observée à la loupe. Et c’est finalement dans les actes judiciaires à venir, davantage que dans les spéculations suscitées par sa mutation, que se révélera la véritable portée de cette décision.





