Allocations familiales : le gouvernement lance l’audit des « enfants fictifs »

Face à une augmentation atypique du budget des allocations familiales, le gouvernement camerounais engage un audit rigoureux. D’ici le 15 août, les agents publics devront justifier la réalité de leurs enfants à charge. Une opération de transparence qui suscite toutefois le scepticisme de l’opposition, laquelle pointe du doigt les failles structurelles de l’état civil national.

L’alerte est partie du ministère des Finances : la courbe des dépenses liées aux allocations familiales — environ 3 milliards de francs CFA chaque mois — affiche une progression jugée suspecte. Pour endiguer cette hémorragie, les autorités ont sommé les agents publics de fournir, avant le 15 août, actes de naissance et certificats de vie collective. L’objectif est de débusquer les déclarations frauduleuses qui pèsent lourdement sur les caisses de l’État.

Entre dérives et « naissances miracles »

Les investigations révèlent des pratiques pour le moins singulières. Outre les doubles déclarations, les services de contrôle ont relevé des anomalies statistiques troublantes : des écarts d’âge incohérents au sein d’une même fratrie et une multiplication suspecte de naissances multiples, allant jusqu’aux nonuplés. Si ces faits témoignent d’une fraude organisée, le gouvernement entend désormais récupérer les sommes indûment perçues.

Une réforme à la mesure de l’enjeu ?

Cependant, cette initiative est loin de faire l’unanimité. Si le gouvernement affiche sa détermination à assainir le fichier, les voix critiques, à l’instar de Cabral Libii (PCRN) ou d’Hermine Patricia Tomaïno Ndam Njoya (UDC), appellent à ne pas limiter l’opération à une simple « chasse aux fonctionnaires ». Pour ces responsables politiques, le cœur du problème réside dans la fragilité de l’état civil, où la corruption facilite l’achat d’actes de naissance de complaisance.

Pour l’opposition, tant que le système ne sera pas intégralement digitalisé et les données croisées de manière fiable, le risque de fraude demeurera une menace persistante pour les finances publiques. Reste à savoir si cette opération « mains propres » parviendra à résoudre une crise qui interroge, avant tout, l’intégrité même de notre administration.

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