Dans un éditorial publié dans le journal L’Action dans sa parution n°1569, Christophe Mien Zok le directeur de publication revient sur les effets de la visite du souverain pontife au Cameroun.
« Touchés par les grâces
Le pape est venu, il a vu et il est sans doute reparti convaincu. De manière quasi unanime, l’opinion publique nationale et internationale s’accorde à dire que la visite du souverain pontife Léon XIV au Cameroun du 15 au 18 avril 2026 a été un succès retentissant sur tous les plans.
Sur le plan politique et diplomatique : le Cameroun a prouvé aux yeux du monde son savoir-faire en matière d’organisation des grands événements. Rigueur. Minutie. Protocole millimétré. Méticulosité multidimensionnelle. Professionnalisme. Logistique irréprochable alliant le standing de luxe et le bon chic bon genre. Au niveau de la liturgie de la parole, instants les plus attendus pour les uns et redoutés pour les autres, chacun a trouvé et puisé ce qui l’arrangeait. Au cours de sa seule prise de parole publique, bien que brève mais concise, devant le Pape, Paul Biya est resté égal à lui-même et surtout fidèle à ses thèmes de prédilection : paix et solidarité entre les peuples, besoin d’humanisme et d’humanité, concorde et harmonie, espoir en un monde nouveau, justice, tolérance, amour, pardon, etc.
De Yaoundé à Yaoundé en passant par Bamenda et Douala, entre discours et homélies, sermons et coups de semonces, le Saint Père a égrené la litanie des valeurs de son pontificat : du bon usage du pouvoir, amour, justice, paix, lutte contre la corruption dont il faut briser les chaînes, lutte contre les inégalités, le chômage et les frustrations qui peuvent se transformer en violences, équité et transparence dans la répartition des richesses, charité et intégrité dans la foi chrétienne, etc. Sur la plupart de ces thématiques, Paul Biya et Léon XIV sont sur la même longueur d’ondes bien que chacun les décline et dénonce certaines dérives avec son style et son vocabulaire. En langage diplomatique, on parlerait de convergence de vues…
A Bamenda, le Pape a beaucoup insisté sur le retour de la paix dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Les Camerounais des dix régions espèrent beaucoup des retombées de cette visite par rapport à cet aspect déterminant, vital et capital.
Sur le plan apostolique, pastoral et spirituel, le pape a rencontré un peuple, des communautés, des individus, toutes chapelles confondues, transportés et animés par une foi sincère et palpable. Foi. Ferveur. Piété. Liesse. Allégresse. Enthousiasme. Mobilisation. Communion. Œcuménisme. Tolérance. Il a prié pour tous, catholiques ou non. Il a béni les malades, réconforté et sanctifié les orphelins, encouragé les jeunes et les étudiants… Les Camerounais espèrent que leurs prières et les bénédictions de l’Evêque de Rome se transformeront en abondantes grâces. De nouvelles semences pour une nouvelle espérance. Chaque Camerounais s’est senti touché par la grâce qui émanait du Pape.
Sur le plan social et économique, le séjour du pape, en dépit de quelques contraintes, a eu quelques avantages: les Camerounais ont confirmé leur hospitalité légendaire, l’aéroport de Bamenda réouvert au trafic aérien, des routes réhabilitées, le génie camerounais confirmé et promu à travers les tenues vestimentaires du pape, des évêques et des prêtres, l’inculturation consolidée dans les rituels liturgiques, la culture et la sculpture camerounaises valorisées à travers les différentes œuvres d’art. Le matériel n’est jamais loin du spirituel…
Que reste-t-il de tout cela une fois le Saint-Père parti ? Il reste les images, les souvenirs, les paroles, désagréables ou réconfortantes, les sermons et les bénédictions. Après l’euphorie et la « magie » de ces instants sacrés, il reste une vérité : « il n’y a pas de Dieu sur Terre ». Aucun miracle ne se produira si les cœurs et les esprits ne sont pas préparés et réceptifs à la bonne parole et aux valeurs d’amour, de pardon, de tolérance, de paix, de justice, de partage.
Ce message s’adresse aussi bien à ceux et celles qui pensent commander qu’à ceux qui sont commandés. La révélation, la conversion et la transfiguration tant souhaitées ne sont possibles que si et seulement si, tous ensemble, nous transformons les paroles et les enseignements du Pape et actes et en actions.
Tout compte fait, la visite pastorale et apostolique du Pape Léon XIV a un côté éminemment politique qui ne devrait laisser personne indifférent. Tout est grâce.
Christophe Mien Zok ».





