Au cœur de l’industrie funéraire au Cameroun

Dans cette tribune du journaliste Charles Armel Mbatchou, il revient sur les grandes mutations sociales  qui existent actuellement au Cameroun dans le marché du deuil.  

Le cadavre mort est présent dans la maison du deuil, mais il n’est plus au centre. Le corps mort est désormais relégué et la fête priorisée L’image est brutale : une cour de deuil vide, des herbes à l’entrée, un cercueil livré à quelques amis pendant que les familles, éclatées en plusieurs maisons, animent leurs propres veillées.

Chacun a sa maison de deuil loin du corps. Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est la nouvelle organisation. Chaque fils, chaque branche familiale, chaque groupe social construit désormais son propre espace de deuil — ou plutôt, son propre espace de visibilité,

<<de m’as tu vu.>>

On ne converge plus vers un lieu sacré. On disperse l’attention.

Résultat : le corps devient un point fixe dans un système qui, lui, est en mouvement constant.

Une économie du deuil, sans hypocrisie

Le cœur du problème est financier. Et il faut le dire sans détour : le deuil est devenu un marché.

On y investit, on y calcule, on y arbitre :

* acheter un bœuf pour afficher un statut,

* multiplier les boissons pour attirer du monde,

Vendre les pagnes,

* soigner les tenues pour marquer les esprits.

—-Les célibataires cherchent les célibataires

—-Les femmes mariées frustrées mal bai…sé.. cherchent jeunes étalons

—-Les veuves en mal de sexes se fondent dans la masse pour se faire elles aussi plaisir comme tout le monde

—-Les influenceuses capturent les instants de fagotages pour leurs followers sur la toile etc…

Mais dans cette logique, tout ne se vaut pas. Ce qui ne produit pas de visibilité est sacrifié.

Surveiller le corps ? Peu rentable.

Organiser une veillée spectaculaire ? Hautement rentable socialement.

Ce n’est donc pas que les familles oublient leurs morts. C’est qu’elles répondent à une incitation claire : ce qui se voit compte plus que ce qui se vit

Le deuil devenu performance. Danser, boire, défiler, recevoir. Le registre a changé.

Les musiques, les rassemblements, les animations ne sont plus des accompagnements du deuil. Ils en sont devenus le cœur.

On ne vient plus seulement pour pleurer ou soutenir. On vient pour être vu, pour appartenir, pour exister dans un moment collectif.

Le problème n’est pas culturel. Il est fonctionnel.

Le deuil n’est plus un temps de recueillement. Il est devenu un espace de représentation.

La faillite silencieuse des garants

Chefferies, notables, autorités traditionnelles : leur silence n’est pas anodin.

Mais accuser uniquement leur passivité est trop facile. La réalité est plus inconfortable : leur capacité à réguler s’est affaiblie face à une force plus puissante — l’argent et la pression sociale moderne.

Quand la reconnaissance dépend de la dépense,

quand la diaspora impose ses codes,

quand le prestige s’achète,

les normes traditionnelles deviennent secondaires.

Ils ne cautionnent pas toujours. Mais ils ne contrôlent plus.

Une inversion radicale : du mort vers les vivants

Autrefois, tout tournait autour du défunt : mémoire, rites, transmission.

Aujourd’hui, tout tourne autour des vivants :

* leurs réseaux,

* leur image,

* leur capacité à mobiliser.

La mort n’est plus un point final. Elle devient un prétexte. Un prétexte à rassemblement, à démonstration, à compétition implicite. Une dérive plus grave qu’elle n’en a l’air. Certains parlent de désacralisation. Le terme est juste, mais insuffisant. Ce qui est en train de se produire, c’est une perte de gravité. La mort ne structure plus le comportement collectif. Elle le déclenche seulement. Et quand un événement aussi fondamental perd sa capacité à imposer le respect, tout le reste devient négociable. Même l’essentiel.

Conclusion : le deuil vidé, mais pas disparu

Non, le deuil n’a pas disparu. Il a changé de nature.

Il est devenu :

* fragmenté,

* compétitif,

* orienté vers l’apparence.

La cour vide n’est pas une anomalie. C’est un symptôme. Celui d’un système où l’attention a été déplacée, où le sens a été dilué, et où la mort — paradoxalement — sert davantage les vivants que la mémoire des disparus. La vraie question n’est donc pas de savoir si les valeurs se perdent.

Elle est plus directe : dans un environnement où tout doit se voir pour exister, que reste-t-il d’un deuil qui, par essence, devrait être intime et centré sur l’absence ? On se retrouve à 10h devant l’homme de Dieu et après….

 

Partager l'article:
Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire sur mobile

QR Code
Ne perdez plus rien, recevez le résumé de l'actualité quotidienne, directement dans votre courriel.

Vous êtes désormais inscrit à notre newsletter, merci de faire partie de notre auditoire!

Dans cette analyse du journaliste, il fait l’évocation des crises des valeurs au Cameroun avec cette nouvelle forme de dépravation des mœurs. UN SYSTÈME, PAS

DISCOURS D’OUVERTURE DE M. Jean Nkuete SECRETAIRE GENERAL DU COMITE CENTRAL hers Camarades ; Mesdames, Messieurs ; A la faveur des exigences du calendrier politique

Dans cette communication, l’instance faitière du football camerounais (FECAFOOT) fait donc taire tous les critiques en expliquant les raisons de la présence de Bernard Tchoutang

Dans deux décrets datés du 22 juillet 2026, le président Paul Biya a nommé deux nouveaux membres au Conseil d’administration de la Société Nationale des

Le lanceur d’alerte Shance Lion dans cette sortie met en avant les éléments de l’investigation sur le trafic de l’or camerounais vers Dubaï . «

Le Parlement de la République vient de prendre une décision importante dans son histoire. En effet, il vient d’adopter une loi interdisant l’accès aux réseaux