Bamenda : La recrudescence des violences relance l’angoisse sécuritaire après dix ans de crise

Marquée par trois morts violentes en quelques jours, la ville de Bamenda replonge dans l’angoisse. Face à la persistance d’une insécurité nourrie par la prolifération d’armes à feu, la société civile tire la sonnette d’alarme, réclamant des solutions concrètes alors que de hauts responsables religieux se succèdent au chevet du pays.

Dix ans après le déclenchement de la crise dans les régions anglophones, le spectre de la violence continue de hanter le Nord-Ouest. À Bamenda et dans sa proche banlieue, une série de meurtres récents vient rappeler la fragilité persistante du tissu sécuritaire local, replongeant les populations dans la psychose.

Des drames quotidiens en série

En l’espace de quelques jours, la capitale de la région du Nord-Ouest a payé un nouveau tribut lourd. Une première victime a succombé à ses blessures par balle, touchée lors d’une attaque-kidnapping ciblant un véhicule qui transportait des passagers de retour d’une cérémonie funéraire. Quelques jours plus tard, un autre homme a été retrouvé roué de coups à mort, tandis qu’un troisième a été abattu alors qu’il rentrait de sa journée de travail. Des attaques ciblées qui illustrent la banalisation de la violence armée dans la cité.

Pour Fon Nsoh, figure locale de la société civile et coordinateur de l’ONG Cominsud, cette recrudescence trouve son origine directe dans la circulation incontrôlée des armes à feu.

« La situation reste imprévisible. Des individus s’en servent pour extorquer de l’argent ou recrutent des tueurs à gages pour régler des comptes », déplore-t-il, mettant en garde contre le risque d’un enlisement durable : « Si on laisse les choses continuer ainsi, nous pourrions connaître encore dix années de crise sans vainqueur ni vaincu, mais avec de nombreuses familles pleurant la perte d’êtres chers. »

L’attente de retombées concrètes

Cette anxiété quotidienne tranche avec le calendrier diplomatico-religieux national. Alors que l’archevêque de Canterbury, Sarah Mullaly, est attendue à Yaoundé pour une visite de cinq jours, les esprits gardent en mémoire le passage, quatre mois plus tôt, du pape Léon XIV à Bamenda, venu porter un message de paix.

Si ces visites de haut rang sont saluées par les acteurs locaux, les retombées concrètes sur le terrain se font cruellement attendre. Entre promesses spirituelles et réalités macabres, Bamenda retient son souffle et rappelle que la paix reste, avant tout, un chantier politique urgent qui exige des réponses structurelles.

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