En parcourant les programmes de campagne des candidats déclarés pour l’élection présidentielle d’octobre 2025 au Cameroun, l’on se rend compte qu’aucun prétendant à la magistrature suprême ne souhaite voir bouger les lignes sur la diversité sexuelle.
Le 12 octobre prochain aura lieu l’élection présidentielle au Cameroun. Un rendez-vous majeur puisqu’il permettra de choisir l’homme qui va conduire les destinées du pays. Dans différents milieux politiques, les commentaires vont bon train sur les programmes des différents candidats déclarés. Les débats télévisés et radiophoniques portent généralement sur la réforme des institutions de l’État, avec l’institution ou non d’un poste de vice-président de la République, mais aussi sur la forme de l’État avec le « Fédéralisme Communautaire » du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale, PCRN, de Cabral Libii, ou alors le Fédéralisme porté par les parti Social Democratic Front (SDF) de Joshua Osih ou le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto. Tous s’opposent à l’État Unitaire Décentralisé actuel défendu par le parti au pouvoir le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais.
Malgré cette différence de points de vue, tous ces partis politiques n’abordent pas la question de l’orientation sexuelle de certains camerounais. Ceux là qui se comptent parmi ceux que l’on range dans le groupe des LGBT, c’est-à-dire les homosexuels, les bisexuels, les transgenres et autres. Aucun candidat n’a eu le courage de soulever cette question dans son programme de campagne, même lorsque la question est soulevé lors de débats politiques.

Une situation qui désole les défenseurs des droits de cette catégorie de la population ainsi que les familles des personnes vivant cette réalité. « C’est décevant, ils manquent tous du courage, quand les journalistes leur posent des questions sur l’homosexualité ces hommes politiques perdent leur latin », déclare furieux Jean Claude Tchasse, membre d’une association de défense des droits de l’homme au Cameroun. Il continue son récit : » il faut vraiment qu’on trouve une solution à ce problème. Et l’impulsion doit venir du Président de la République. Il faut qu’on commence à en parler. C’est trop. Non c’est trop. » Puis il égrène un certain nombre d’actes hostiles contre les personnes LGBT au Cameroun.
« J’ai vécu des scènes horribles ici à Odza ( Yaoundé ) où des jeunes ont failli perdre la vie du fait qu’on a découvert qu’ils étaient « tchèlè » ( homosexuels en jargon local ). Je me souviens encore des sévices corporels qu’ont subi des gens comme Shakiro, Tiki Ndengua, etc. Le cas d’un jeune ici du nom d’Ulrich Noël Djomo m’a particulièrement touché. Il sortait de Dschang et était en vacance ici à Yaoundé. J’aimais ce petit qui se battait bien pour gagner son pain. On a failli le tuer parce qu’on l’a attrapé en plein ébats sexuels avec le fils d’un voisin ici à Odza. Le gars a dû quitter le pays pour vivre sa vie. Il est parti au Canada parce qu’il n’en pouvait plus. Je connais bien son histoire parce qu’il me l’a racontée. Il n’était pas à sa première déconvenue. Juste avant la Présidentielle d’octobre 2018, il avait connu le même sort à Dschang. Il a dû s’enfuir au Sénégal croyant que c’était mieux là-bas. Erreur, le Sénégal punit aussi cette orientation sexuelle. Ulrich est revenu ici en 2019. Il vivait presque caché avant de trouver l’occasion de se rendre au Canada en 2023. »

Après avoir pris une gorgée de bière, Jean Pierre continue : » Au quartier Anguissa je me suis fait mal au pied parce que j’essayais de sauver Hermine Ondoua la fille de la propriétaire du plus grand snack du quartier. Sa fille n’aime que les filles. C’est un sentiment naturel. Pourquoi on veut lui refuser ça ?“ fulmine-t-il.
Des cas comme ceux d’Ulrich Djomo et Hermine Ondoua sont nombreux au Cameroun. C’est pourquoi les défenseurs des droits de l’homme plaident depuis plusieurs années pour la dépénalisation de l’homosexualité et mettent la pression sur les hommes politiques pour porter cette cause.
Au Cameroun, la loi puni ce que d’aucuns considèrent comme les « déviances sexuelles » à travers l’article 347-1 du Code pénal qui stipule que : « Est punie d’un emprisonnement de six (06) mois à cinq (05) ans et d’une amende de vingt mille (20 000) à deux cent mille (200 000) francs, toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe » Cette disposition n’a jamais changé, malgré le combat que mène certains défenseurs des droits de l’homme comme Me Alice Kom. Et l’on ne voit aucune lueur d’espoir au regard des préoccupations actuelles des hommes politiques au Cameroun. L’on ne devrait donc pas être surpris de voir s’exiler de nombreux autres camerounais et camerounaises, obligés d’aller vivre leur sexualité dans des pays qui acceptent des personnes LGBT.





