Bien que la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) ait fixé au 1er novembre 2026 la démonétisation officielle de ses anciennes pièces de monnaie, leur rejet prématuré provoque déjà d’importantes perturbations dans les transactions quotidiennes au Cameroun. Entre spéculations du marché et manque de sensibilisation, la panique s’empare des ménages et des petits commerces.
Dans les marchés, les échoppes de quartier et à bord des transports en commun, le ton monte chaque jour un peu plus. Alors que la mesure d’interdiction bancaire ne prend effet que dans un peu moins de deux semaines, un vent de méfiance irrationnelle s’est emparé des acteurs économiques locaux. De nombreux commerçants refusent catégoriquement de recevoir les anciennes pièces de monnaie, poussant des usagers pris au dépourvu vers des altercations verbally musclées, virant parfois à de véritables affrontements physiques.
Cette psychose collective repose pourtant sur une méconnaissance des règles d’application fixées par l’autorité monétaire. Juridiquement et pratiquement, les pièces de monnaie visées conservent leur cours légal et leur pouvoir libératoire jusqu’au 31 octobre 2026 à minuit. Leur retrait annoncé pour le mois prochain ne signifie aucunement qu’elles sont frappées de nullité immédiate dans les échanges de gré à gré.
La confusion prend une tournure plus inquiétante avec le comportement de certaines institutions financières. Plusieurs établissements de microfinance auraient affiché, de manière unilatérale, leur refus de collecter ces coupures métalliques. Une dérive grave qui questionne le rôle de relais d’encadrement qu’auraient dû jouer ces structures de proximité auprès de leurs usagers durant cette période intermédiaire.
Au cœur du problème se trouve le déficit flagrant d’une stratégie d’information publique claire, pédagogique et d’envergure national. Face aux incertitudes sur les calendriers de retrait et sur la reconversion des pièces, la population et les acteurs économiques agissent dans le désarroi et selon des règles de circonstance dictées par la rumeur.
Face au risque de paralysie du secteur informel, la balle est désormais dans le camp du gouvernement et de la banque centrale. Sans un déploiement urgent de campagnes de sensibilisation ciblées et régulatrices sur l’ensemble du territoire, le manque de communication risque de continuer d’alimenter une tension sociale parfaitement évitable.




