Fotsing Nzodjoun: « Pardonnez-moi, je porte le poids de mes échecs »

Le jeune entrepreneur Fotsing Nzodjoun admet avoir chuté, mais refuse de fuir. Dans un message posté sur sa page facebook ce matin, l’homme aux multiples projets foireux promet de reconstruire pour rembourser et réparer. Il appelle à l’indulgence, et assume ses erreurs passées.

 

Mes excuses publiques à ceux que j’aurais offensé.

Chers partenaires,

Je vous écris avec beaucoup d’humilité, le cœur lourd, mais l’esprit sincère. Je vous adresse cette lettre non pas pour fuir mes responsabilités, ni pour minimiser la douleur que vous avez pu ressentir, mais simplement pour demander pardon.

Je reconnais vos frustrations, vos attentes, vos colères. Et je comprends chacune d’elles. Mais je vous en prie, écoutez aussi ma détresse. Aujourd’hui, je suis un homme qui porte le poids de ses erreurs, de ses échecs, et de ses promesses non tenues. Je n’ai jamais voulu nuire à personne. J’ai tenté d’entreprendre, de bâtir, de réussir dans un environnement difficile, et parfois j’ai perdu. Beaucoup.

La pression constante, les convocations répétées, les menaces de prison ou les procédures judiciaires ne font que retarder la seule chose qui pourrait permettre de vous rembourser: le travail. Car ce n’est pas dans le tumulte, ni dans la peur, ni derrière les barreaux que les dettes se règlent. C’est dans le calme, la concentration et l’effort.

Je vous demande de me laisser l’espace, le temps et la force de reconstruire. Ce n’est qu’en me permettant de travailler que je pourrai honorer mes engagements. La colère est compréhensible, mais elle ne construit rien. Ceux qui vous encouragent à me calomnier ou à me pousser à bout n’ont rien à perdre. Vous, en revanche, avez besoin que je tienne debout pour espérer un jour retrouver ce qui vous est dû.

Je vous demande pardon, sincèrement. Et je vous demande, dans la mesure du possible, un peu de patience, un peu de silence, un peu de paix. Je ne baisse pas les bras. Je continue d’essayer.

Il n’est pas facile d’écrire quand on sait que chaque mot sera scruté, interprété, jugé. Il n’est pas évident de se livrer lorsque l’on a déjà été blessé mille fois par les regards, les silences, ou les rumeurs. Mais parfois, le silence devient trop lourd. Alors, on parle. On écrit. Pas pour se justifier. Pas pour convaincre. Juste pour dire. Pour déposer un peu de vérité. Et demander pardon.

Je voudrais, à travers ces lignes, m’adresser à tous ceux qui ont croisé ma route : mes partenaires, mes clients, mes collaborateurs, mes amis, mais aussi ceux qui doutent, qui critiquent, ou qui s’interrogent sur ce que je suis devenu. Depuis quelque temps, beaucoup de choses se disent. Beaucoup de jugements sont posés. Et je n’en veux à personne. Je comprends la douleur de certains, la colère d’autres. Mais je voudrais qu’on puisse, ne serait-ce qu’un instant, regarder les choses dans toute leur complexité. Et entendre ce que je n’ai pas encore eu le courage de dire à voix haute.

Je suis revenu au Cameroun en 2017, avec des rêves pleins la tête. Peut-être aurais-je dû restera ailleurs, là où le confort était garanti. Mais j’ai choisi de revenir, de construire, de participer à ma manière à l’édification du pays. J’ai cru qu’en travaillant dur, en étant honnête, en mettant mes compétences et mes ressources au service du bien commun, on pouvait changer les choses. J’ai rêvé fort. Mais j’avais sans doute mal mesuré l’environnement. J’avais plusieurs dizaines de millions avec un travail et des activités stables à l’extérieur, mais j’ai cru que ma terre était un lieu sacré. Je me suis trompé

La réalité du terrain est impitoyable. Elle ne pardonne ni la naïveté, ni l’ambition honnête. L’administration étouffe, les délais tuent, les intérêts cachés sabordent. J’ai lancé des projets agricoles, des élevages, des unités de production. J’y ai investi des millions. J’ai essayé de faire naître, dans un contexte fragile, des modèles durables. Mais le terrain, l’environnement, les trahisons, les erreurs humaines ont fait sombrer plusieurs de ces initiatives. J’ai vu mes efforts anéantis. J’ai vu mes ressources fondre, mes partenaires se décourager, mes collaborateurs partir.

Je comprends que ceux qui m’ont fait confiance puissent être frustrés. Je comprends que certains aient perdu patience. Mais ce que je souhaite dire, avec humilité, c’est que je n’ai jamais agi avec malveillance. Je n’ai jamais pris pour fuir. Je n’ai jamais menti pour profiter. Ceux qui me connaissent vraiment savent que je n’ai jamais été un voleur, ni un escroc. Si j’étais malhonnête, j’aurais fui depuis longtemps. J’aurais disparu. Je serais resté dans le silence, dans l’ombre. Mais je suis resté présent, malgré l’humiliation, malgré la fatigue. Parce que ma conscience est en paix, puisque mon esprit souffre des douleurs des échecs et des combats en silence que je mène. Et c’est sans doute cela qui me tient encore debout.

Je ne dis pas que j’ai tout bien fait. J’aurais peut-être dû me taire à certains moments, mieux m’entourer, ralentir. Mais j’ai aussi agi. J’ai bâti une usine. J’ai créé des fermes avicoles qui ont formé et employé des centaines de jeunes. J’ai orienté des dizaines de jeunes vers l’autonomie. J’ai réglé un contentieux immobilier que beaucoup considéraient comme irrécupérable, après quatre longues années de combat. Et même aujourd’hui, dans le silence des réseaux, au moins un de mes projets fonctionne et emploie une cinquantaine de personnes.

Mais tout cela passe souvent inaperçu. On ne voit que ce qui a échoué. On ne parle que de ce qui s’est effondré. Et je l’accepte. Car c’est ainsi que fonctionne notre société : elle est plus prompte à enterrer qu’à accompagner. Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de dire que l’on ne peut escroquer des centaines de millions et se retrouver incapable de bien manger chez soi. Que l’on ne peut frauder massivement et continuer à vivre dans des conditions modestes. Ma vie, aujourd’hui, est loin d’être aisée. Mais elle est sincère. Elle est nue. Et je n’ai rien à cacher.

Je travaille sans relâche, depuis des années, à solder les contentieux, à rembourser ce qui peut l’être, à assainir les dossiers. Ce combat est long. Il est usant. Mais je m’y engage chaque jour, non pas parce que je suis obligé, mais parce que c’est ce que ma conscience m’impose. Et je vous demande pardon, encore, à tous ceux qui ont été blessés ou laissés dans le doute. Je vous demande votre patience. Votre indulgence. Votre humanité. Car même pour réparer, il faut d’abord survivre.

Mon engagement politique, je ne peux non plus l’ignorer. Mon soutien public à l’opposition, mes prises de position, mes dénonciations assumées, m’ont fermé des portes, mis dans la cible de certaines autorités, isolé de certaines opportunités. J’ai été convoqué, arrêté, découragé. Certains projets ont été étouffés simplement parce qu’ils portaient mon nom. J’ai continué malgré tout. Par conviction. Parce que je crois que le changement viendra aussi par ceux qui osent parler. Mais je paie ce choix au prix fort.

Je ne parle que très rarement des 500 millions que j’ai perdus dans des projets immobiliers sabotés. D’autres se seraient écroulés. D’autres auraient tout balancé publiquement. Mais je sais que dans ce pays, trop de vérité tue celui qui la dit. Et si je déballe tout, certains en profiteront pour m’achever. Je préfère donc me taire partiellement. Pour protéger ce qu’il reste. Pour ne pas ajouter du chaos au chaos.

Ceux qui m’ont côtoyé savent que je suis un homme honnête, travailleur, déterminé. Mais dans ce pays, cela ne suffit pas. Il faut aussi une part de chance, un réseau solide, une tolérance à la douleur. J’ai failli plusieurs fois abandonner. J’ai pensé tout arrêter. Mais quelque chose me retient : cette idée que si je tiens encore, c’est que ce n’est pas fini.

Je demande pardon à tous. Encore et encore. Je ne suis pas fier de tout. Mais je n’ai jamais voulu mal faire. Et je vous en prie : ne participez pas à détruire ce qui tient encore debout. Car pour rembourser, il faut d’abord travailler. Pour reconstruire, il faut qu’il reste des fondations. Et pour que nous nous en sortions tous, il faudra un minimum de solidarité.

Les problèmes que je vis ne sont pas uniquement les miens. Ils sont le reflet d’un environnement qui broie ceux qui essaient. Mais je continue de croire que nous pouvons traverser cela ensemble. Le temps finira par clarifier les choses. Et ceux qui me condamnent aujourd’hui verront peut-être, demain, que j’étais sincère. Même si j’ai échoué.

Du haut de mes 37 ans, j’ai tenté. J’ai risqué. J’ai perdu. Mais j’ai aussi appris. L’expérience que j’ai aujourd’hui, la vision que je porte, sont aussi les fruits amers de ces années de douleur et d’exposition publique. Je ne veux plus briller. Je veux juste réparer. Servir. Travailler. Et sortir de cette tempête avec ceux qui accepteront de m’y accompagner.

À tous ceux que j’ai offensés, à ceux que j’ai déçus, à ceux qui attendent encore : je vous demande humblement pardon. Et je vous promets que je continue, chaque jour, à chercher, à bâtir, à guérir.

Le temps tranchera. Mais en attendant, je suis là.

Fotsing Nzodjou le Sénateur

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