Justice camerounaise : Alexis Dipanda Mouelle tire sa révérence

Le Cameroun a perdu, au petit matin de ce lundi 4 mai 2026, l’une des figures les plus emblématiques de son appareil judiciaire. Alexis Dipanda Mouelle, ancien Premier Président de la Cour Suprême, s’est éteint à l’âge de 84 ans. Grand commis de l’État, il aura dirigé la plus haute juridiction du pays pendant vingt-quatre ans, marquant de son empreinte l’histoire politique et légale de la nation.

Le temple de Thémis est en deuil. Trois mois seulement après le décès de son épouse, Alexis Dipanda Mouelle a rendu son dernier souffle au petit matin de ce lundi. Né le 25 mars 1942 à Bonakou Bwapaki dans le Littoral, cet illustre magistrat laisse derrière lui un héritage complexe, entre service de l’État et quête d’indépendance.

Un parcours d’excellence sous le signe de la longévité

Diplômé de l’Université de Paris, Alexis Dipanda Mouelle intègre la magistrature en 1965. Son ascension est fulgurante et méthodique : juge à Yaoundé, procureur général à Douala, il gravit chaque échelon jusqu’à sa nomination à la tête de la Cour Suprême en 1990.

Pendant près d’un quart de siècle, il sera le garant de la légalité républicaine. L’histoire retiendra notamment son rôle pivot lors de l’élection présidentielle de 1992, dont il proclama les résultats dans un contexte de haute tension politique. Son expertise dépassait toutefois nos frontières, puisqu’il fut Vice-président du Comité des Nations Unies contre la torture, témoignant d’un engagement intellectuel fort contre les dérives sécuritaires.

Une fin de carrière entre conviction et liberté

C’est en 2014 que sa trajectoire prend un tournant décisif. Sa mise à la retraite, apprise par la voie des ondes, fut perçue comme le résultat d’une friction avec l’exécutif, notamment sur le dossier Atangana Mebara. En désaccord avec la Chancellerie sur le maintien en détention de certains dignitaires, il avait choisi la voie de sa conscience.

Libéré des obligations de réserve, il passera ses dernières années à plaider pour une justice plus humaine, n’hésitant pas à porter un regard critique sur certains procès de l’opération « Épervier ».

Avec la disparition d’Alexis Dipanda Mouelle, le Cameroun ne perd pas seulement un magistrat émérite, mais un témoin privilégié des métamorphoses de notre État de droit. Un chapitre important de l’histoire judiciaire camerounaise se referme aujourd’hui.

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