Malgré des ressources naturelles colossales, l’Afrique centrale peine à transformer son potentiel en réalité économique. Avec un commerce interne stagnant sous la barre des 5 %, la zone CEMAC affiche une dépendance inquiétante aux exportations de brut. Entre barrières tarifaires persistantes et coûts logistiques prohibitifs, l’intégration régionale ressemble encore à un mirage que les institutions tentent péniblement de dissiper par de nouveaux corridors.
L’Afrique centrale est un paradoxe à ciel ouvert. Riche de plus de 50 millions d’habitants, la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) reste l’un des élèves les plus timides du continent en matière d’échanges internes. Selon les données récentes de la Banque mondiale et de la Commission économique pour l’Afrique, le commerce intra-zone représente moins de 5 % des échanges totaux. À titre de comparaison, d’autres blocs régionaux africains franchissent allègrement le cap des 15 %.
L’addiction aux hydrocarbures : le mal-être économique
La structure des économies de la sous-région explique en grande partie cette atrophie commerciale. Le Fonds monétaire international (FMI) révèle que plus de 80 % des exportations reposent encore sur les hydrocarbures et les produits primaires. Cette « extraversion » économique rend les États membres extrêmement vulnérables aux chocs externes.
Sur le plan macroéconomique, la convergence est une ligne de crête fragile. Les écarts de croissance entre les pays membres dépassent parfois les 5 points de pourcentage. Cette disparité, couplée à des déséquilibres budgétaires persistants, freine la naissance de chaînes de valeur régionales solides qui permettraient pourtant de diversifier une économie trop centrée sur la rente pétrolière.
Les barrières de l’impossible circulation
Pourquoi les biens et les personnes peinent-ils à circuler ? Le premier obstacle est financier. Selon la Banque mondiale, les coûts logistiques peuvent absorber jusqu’à 30 % de la valeur des marchandises. À cela s’ajoutent des entraves administratives et policières que les discours officiels ne parviennent plus à masquer.
Nicolas Beyeme Nguema, Commissaire en charge des Politiques économiques à la Commission de la CEMAC, ne s’en cache pas :
« Les instances statutaires ont décidé de la libre circulation des biens et des services. Mais dans les faits, il existe encore beaucoup d’entraves. C’est pour ça que nous visons à lever les barrières tarifaires pour optimiser la circulation des biens. »
L’espoir des corridors et des brigades mixtes
Pour briser ce plafond de verre, les institutions régionales misent sur une approche concrète : le béton et la coordination sécuritaire. Le projet de construction de corridors routiers entre les différents États membres est désormais une priorité pour désenclaver les marchés locaux.
Une autre mesure forte se dessine pour fluidifier les passages frontaliers, souvent critiqués pour leur lenteur et les tracasseries diverses.
« Il y a également la mesure préconisée de formation de brigades mixtes entre les États pour s’assurer de la fluidité de la circulation des personnes et des biens », précise Nicolas Beyeme Nguema.
Pour sortir de cette impasse statistique, les recommandations du FMI et de la Banque mondiale sont limpides : renforcer les infrastructures de transport, harmoniser les politiques fiscales et, surtout, supprimer les barrières non tarifaires qui agissent comme de véritables verrous sur le développement de l’Afrique centrale. Le 4 mai 2026 marque le début d’une semaine où ces questions d’intégration seront, plus que jamais, au cœur des agendas politiques à Yaoundé et dans les autres capitales de la zone.




