« Kamto se libère de la prison démocratique de Paul Biya »

Dans cette sortie du  cinéaste camerounais jean pierre bekolo, il evoque  la démission du président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc).

Sans nier que la démission de Maurice Kamto puisse être l’aboutissement d’un long travail d’usure mené par le régime de Paul Biya contre la démocratie, et sans pour autant dédouaner ce régime de sa responsabilité dans la destruction de la démocratie véritable au Cameroun — c’est-à-dire dans la confiscation de la souveraineté du peuple camerounais —, je vois dans cette démission un geste qui participe du même mouvement que l’exil d’Issa Tchiroma : l’abandon du peuple camerounais à son triste sort.

Si nous n’y prenons pas garde, ce retrait, qui scelle un désastre politique plus vaste, risque d’entraîner l’effondrement définitif de l’illusion démocratique au Cameroun.

Sans entrer dans les détails, pour rester au niveau du big picture, ce qui se joue est un échec de la démocratie camerounaise dans son ensemble.

Le 3 décembre 1990, Paul Biya proclamait devant l’Assemblée nationale : « Je vous ai amenés à la démocratie… » Quelques semaines plus tard, dans sa lettre ouverte devenue légendaire, La démocratie truquée, Célestin Monga pulvérisait cette imposture : « Comment pouvez-vous vous permettre de dire à 11 millions de Camerounais : “Je vous ai amenés à la démocratie…” ? » Ce courage valut à Monga et à Pius Njawe la persécution judiciaire et la prison.

Ceux qui croient que le départ de Maurice Kamto n’est qu’une démission interne au MRC, le dénouement d’une querelle d’ego ou une affaire personnelle se trompent lourdement. Ce n’est pas la défaite d’un camp. C’est la perte d’un allié pour le changement, une voix de premier plan en moins pour affirmer qu’un autre Cameroun est encore possible.

Au lieu de cela, l’Histoire retiendra que la machine du régime a brisé un homme — avec ses défauts et ses limites, comme chacun d’entre nous —, mais un homme qui avait osé vouloir un autre horizon pour son pays.

C’est le Cameroun qui a perdu.

Beaucoup vont pourtant critiquer Maurice Kamto, comme ils critiquent aujourd’hui Issa Tchiroma, en leur reprochant d’avoir quitté la scène, d’avoir abandonné le combat, voire d’avoir abandonné le peuple. Il faut surtout se garder d’une erreur : croire que le Cameroun serait leur responsabilité à eux seuls.

La démission de maurice kamto affaiblit un horizon d’espoir collectif. Cet anéantissement n’est rien d’autre que l’assassinat de l’espérance, un travail destructeur mené au quotidien et à tous les échelons du pouvoir.

C’est un crime politique contre la démocratie, un crime contre l’avenir que les générations futures ne sauraient pardonner à Paul Biya et à son régime.

Même la liberté d’expression semble désormais se réduire aux discussions des plateaux de télévision du dimanche, sans les acteurs du pouvoir, là où se joue, de manière clientéliste, le théâtre démocratique à la camerounaise : entre supporters, jamais avec les véritables acteurs du pouvoir.

 

Une parole impuissante tient lieu de pouvoir du peuple. Que valent les unes de centaines de journaux — leur nombre impressionnant, comme celui des partis politiques, étant présenté comme la preuve de la vitalité politique camerounaise sous Biya — lorsqu’elles répètent, parfois jusqu’à la caricature, les mêmes récits, les mêmes attaques et les mêmes éléments de langage financés ou entretenus par le système ?

Voilà tout ce qui reste du vent démocratique qui a soufflé dans les années 1990 et dont le capitaine Effoudou est issu. Il en est peut-être, sans même le savoir, l’un des germes inconscients : une génération née au moment où le Cameroun prétendait entrer dans la démocratie et qui découvre, adulte, qu’elle n’en a jamais réellement possédé la souveraineté.

Après la prison physique de ceux que le régime a considérés comme des cerveaux dangereux du MRC, Bibou Nissack et Alain Fogue, il y a désormais une autre prison, beaucoup plus vaste et beaucoup plus difficile à voir.

La prison démocratique.

Une prison dans laquelle on peut parler, débattre, publier, commenter, s’indigner — mais où le peuple reste spectateur d’un simulacre démocratique dont la substance a été vidée. Un simulacre qui occupe les esprits comme dans un envoûtement collectif et les empêche de s’imaginer dans autre chose, y compris dans leur propre vie.

Et peut-être est-ce là le véritable héritage politique de Paul Biya : après avoir promis aux Camerounais de les avoir « amenés à la démocratie », les avoir laissés avec la possibilité d’en parler, sans plus leur donner celle de la faire advenir.

Le crime contre l’espoir sera peut-être le plus difficile à pardonner

 

Partager l'article:
Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire sur mobile

QR Code
Ne perdez plus rien, recevez le résumé de l'actualité quotidienne, directement dans votre courriel.

Vous êtes désormais inscrit à notre newsletter, merci de faire partie de notre auditoire!

Dans la même catégorie: ,

La travail bien fait merite une reconnaissance éternelle. Ce propos est illustratif de la grande portée prise par la cérémonie de remise des medailles d’honneur

Dans cette sortie du journaliste Didier Ndengue, il revient sur le débat de société autour de la gestion de samuel eto’o au sein de la

Le journaliste camerounais Alain Denis Ikoul, de Cfoot dans cette sortie questionne la dernière sortie du président de la Fédération camerounaise de football sur son

Dans cette sortie du president du FDC, son souhaitt est de voir les élections municipales et législatives projetées pour février 2027 reportées une fois de

Dans cette sortie de publier Daniel Essissima, il revient sur une nouvelle approche de la politique américaine au Cameroun. Depuis l’accord conclu entre Paul Biya

C’est un veritable coup de massue pour Gianni Infantino car, La Fédération Française de Football vient de retirer son soutien à Gianni Infantino, actuel président