Dans une lettre ouverte depuis sa cellule de Kondengui, le professeur Alain Fogué Tedom (MRC) interpelle la communauté internationale. Il dénonce une « kamtophobie » d’État et une révision constitutionnelle taillée pour verrouiller la succession de Paul Biya, agitant le spectre de graves tensions communautaires au Cameroun.
C’est un document aux accents incandescents qui a fini par s’extraire des murs de la prison centrale de Kondengui pour alimenter les rédactions nationales et internationales. Datée du 2 septembre 2026 et signée du professeur Alain Fogué Tedom, membre fondateur du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), une lettre ouverte adressée aux plus hautes figures de l’État et de la diplomatie mondiale jette un pavé dans la mare d’un paysage politique camerounais sous haute tension.
Derrière les barreaux depuis son arrestation en septembre 2020 — une détention pourtant jugée arbitraire et illégale par le Groupe de travail des Nations Unies —, l’ancien enseignant de l’École de Guerre dresse un réquisitoire implacable. Il pointe d’abord du doigt l’exclusion de Maurice Kamto de l’élection présidentielle d’octobre 2025, y voyant la manifestation d’une « kamtophobie » et d’une « bamiphobie » systémiques. Selon le signataire, cette marginalisation frappe une communauté bamilékée et bamoun qui, bien que représentant près de 24 % de la population, demeure sous-représentée dans les postes stratégiques de l’appareil sécuritaire et financier depuis l’indépendance.
Cette charge trouve un écho direct dans les récents soubresauts institutionnels. Le 2 avril 2026, le Parlement à majorité RDPC a validé une révision constitutionnelle introduisant un poste de vice-président de la République, nommé et révocable par le chef de l’État, et appelé à achever le mandat présidentiel en cas de vacance. Pour l’opposition et de nombreux observateurs, cette modification votée sans débat national préalable s’apparente à une manœuvre pour verrouiller la succession de Paul Biya, âgé de 93 ans et au pouvoir depuis 1982, en s’affranchissant du filtre des urnes.
En mobilisant des comparaisons historiques radicales et en s’appuyant sur un climat sécuritaire déjà éprouvé par la crise anglophone et les incursions persistantes de Boko Haram dans l’Extrême-Nord, le document franchit un nouveau palier dans la confrontation verbale entre le pouvoir et ses opposants.
Dans un contexte où la transition au sommet de l’État demeure un sujet tabou et inflammable, la virulence de cette interpellation depuis le fond d’une cellule témoigne de l’asphyxie d’un débat démocratique verrouillé. Au-delà de la charge polémique, ce brûlot rappelle avec force que l’ouverture d’un véritable dialogue national sur l’alternance reste la condition sine qua non de la stabilité future du Cameroun.





