Les recommandations d’un écrivain à Samuel Eto’o

Peu après son interview sur France 24, Jean Ediegnie, écrivain camerounais, estime que le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) devrait désormais avoir une certaine posture. Pour ce faire, il lui donne quelques recommandations.  

Mes chers compatriotes,

Il était environ 16h – 17h hier après-midi, quand je tombe, presque par hasard, sur une vidéo publiée par CFOOT. Une vidéo de Samuel Eto’o, président de la FECAFOOT, accordant une interview à France 24. Samuel Eto’o parle… et se déclare président du Cameroun. Je m’arrête. Je reviens en arrière. Je réécoute. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Ce n’est pas un montage. Ce n’est pas un deepfake. Ce n’est pas une rumeur. Puisque juste après, je tombe sur une publication de Bruno Bidjang, qui affirme avoir été aux côtés de Samuel Eto’o dans les studios de France 24, au moment de la réalisation de cette interview. Et là, une question simple s’impose à moi : Quel était donc le rôle de l’équipe qui l’accompagnait ? Qui a écouté cette interview avant diffusion ? Qui a validé ? Qui a corrigé ? Ou pire : qui n’a rien corrigé ? Un lapsus ? Une erreur de communication ? Un excès d’émotion ? Peu importe le mot.

En communication de haut niveau, tout est message. Et quand on est président de fédération, membre du Comité exécutif de la CAF, on ne parle plus jamais “comme avant”. C’est donc sans animosité, mais avec lucidité, que je me permets de formuler trois conseils simples, presque fraternels, à l’endroit de Samuel Eto’o — non pas le joueur légendaire, mais le dirigeant public.

Top 3 — Revoir d’urgence l’équipe de communication

Samuel,

Dire publiquement « le président du Cameroun… » en parlant d’un autre contexte, ce n’est pas un simple lapsus. C’est une faute de communication majeure. Pourquoi ?  Parce qu’une interview non retransmise en direct doit être :  visionnée,  réécoutée, montée, validée. Si cette séquence est passée à l’antenne, c’est que personne n’a joué son rôle. Or, les médias internationaux — surtout français — ne laissent jamais passer ce genre de moment par naïveté.  Ils savent ce qui fait le buzz.  Ils savent ce qui fait polémique. Ils savent ce qui affaiblit.

Premier conseil clair :

Changer d’équipe de communication et recruter des professionnels aguerris, capables de protéger l’image, le discours et la trajectoire. (Et au passage, Japap Éditions se tient disponible.

Top 2 — Se comporter comme un dirigeant CAF… pas comme un spectateur
Samuel,

Tu es membre du Comité exécutif de la CAF. Cela signifie : coresponsabilité,  loyauté institutionnelle,  maîtrise des règlements, réserve dans la parole publique. Or, dans cette interview, tu parles parfois comme si tu étais extérieur à la CAF, comme si les décisions t’étaient imposées de l’extérieur.

Résultat ?  Une sanction lourde et rapide : 4 matchs de suspension, 20 000 dollars d’amende. Pour un membre du Comex, c’est énorme. C’est un signal. Cela donne l’impression : d’un dirigeant absent des cercles décisionnels,  peu impliqué dans les arbitrages internes,  plus réactif qu’influent.

Deuxième conseil :

Reprendre pleinement ta place institutionnelle, participer, peser, négocier en interne, au lieu d’exprimer des frustrations sur les plateaux télé.

Top 1 — Travailler la maîtrise émotionnelle et le niveau intellectuel

Samuel,

Le plus grand problème révélé par cette interview, ce n’est ni le lapsus, ni la polémique… C’est l’émotion. Tu parles avec le cœur. Mais le très haut niveau exige la tête. Quand tu évoques : des règlements sans précision juridique,  des comparaisons approximatives,  des cas disciplinaires mal maîtrisés, tu exposes une faiblesse que tes adversaires, eux, n’ont pas. Regarde le président de la CAF, Patrice Motsepe : — docteur, — industriel, — stratège silencieux, — parole rare, mais maîtrisée.

Troisième conseil fondamental :

Lire, se former, s’entourer d’experts, travailler la psychologie du pouvoir et la rigueur intellectuelle. Le football moderne se gagne aussi : — dans les livres, — dans les règlements, — dans les réunions, — dans la discipline mentale.

En Conclusion :

Samuel Eto’o reste une légende du football africain.  Mais une légende mal accompagnée peut se tirer elle-même une balle dans le pied. Cette interview n’était pas anodine. Elle était un avertissement. À ce niveau, on ne s’improvise plus.  On ne parle plus sous le coup de l’émotion.  On ne laisse plus passer une phrase sans contrôle. Le talent a fait le joueur. La rigueur fera le dirigeant.

À bon entendeur.

 

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