Mondial 2026-Cameroun : Vincent Sosthène Fouda scrute le football

Dans cette sortie de l’universitaire, il jette un regard sur ce qu’est devenu ce sport roi au Cameroun et ceux qui l’incarnent.

Et ce souffle exige une chose : la réconciliation. Demander pardon au corps blessé de Martin Maya. Résoudre définitivement le cas Joël Matip qui est celui de tous ces enfants nés ailleurs et qui constituent aujourd’hui 97% de l’effectif des Lions Indomptables.

Réintégrer André Onana.

Rouvrir le cercle.

Rendre au Hemlé sa circulation.

Sans cela, le Cameroun restera un géant dont l’âme erre hors du stade.

Comprenons-nous bien, le Cameroun n’a jamais joué comme les autres nations. Il n’a jamais cherché la danse solaire du Brésil. Il n’a jamais voulu la mécanique froide de l’Europe.

Il joue avec un souffle que nul ne définit, mais que tous reconnaissent : le Hemlé. Le Hemlé n’est pas une technique.

Ce n’est pas un style. C’est une présence. Il naît dans la poussière rouge, dans les ruelles où les enfants jouent pieds nus, dans les villages où le ballon est une orange enveloppée de plastique, dans les quartiers où les anciens murmurent que chaque geste est un message envoyé aux ancêtres. Le Cameroun joue comme un pays de 256 tribus qui ont survécu à tout, et qui, même apeurées, n’ont jamais cessé d’être libres.

  1. Le joueur camerounais : un corps traversé par l’invisible

Le joueur camerounais n’est pas un individu. C’est un canal. Un canal par lequel passent les voix des anciens, les forces de la forêt, les mémoires enfouies, les colères anciennes, les bénédictions silencieuses. Chaque course est un héritage.

Chaque duel est un combat ancien. Chaque victoire est une réparation. Chaque défaite est un avertissement.

Le Brésil danse.

L’Europe calcule.

Le Cameroun invoque.

  1. Eto’o : le génie tourmenté, la Vierge de Dalí, le lion sans maître

Samuel Eto’o n’a pas seulement joué. Il a incarné. Il fut le totem que l’on brandit, le serpent que l’on craint, le lion que personne ne peut dompter.Il fut cette Jeune Vierge tourmentée par les cornes de sa propre virginité, tableau de Salvador Dalí où la pureté se déchire sous la pression de ses propres forces internes.

Eto’o, comme cette vierge, est un être traversé par un génie si puissant qu’il menace parfois de le dévorer. Mais lorsqu’il est devenu dirigeant, il a touché au sacré. Et toucher au sacré, dans les sociétés initiatiques, c’est toujours risquer la déconstruction, la cupidité, la revanche. Le pays hésite : Eto’o doit‑il être mangé comme un serpent, vénéré comme un totem, ou laissé errer comme un lion sans maître ? Non il doit devenir NDEBI pour diriger la FECAFOOT.

  1. Le Ngang Medza : la justice des esprits

Dans la tradition Ekang, le Ngang Medza n’est pas une punition. C’est un rééquilibrage cosmique. Lorsque le porteur de pouvoir oublie la forêt, lorsque le gardien du Hemlé se détourne de sa mission,

lorsque l’harmonie se fissure,

alors les forces invisibles se mettent en mouvement. Le football camerounais obéit à cette même loi. Si le Hemlé se disperse, si l’âme collective se fragmente, si les blessures ne sont pas pansées, alors le Ngang Medza avale — non par vengeance, mais par nécessité.

  1. Le Kumze : le souffle qui manque

Dans les sociétés initiatiques Ekang, dans le Kumze des peuples des montagnes et des crânes, dans les Rô et le Wuli des peuples du Nord Cameroun dans leurs diversités, il est des moments où l’on souffle dans les narines du garçon entre autres. Ce souffle réveille son génie.

Le souffle initiatique inscrit dans une lignée. Il lui apprend que sa force n’a de sens que si elle sert la communauté. Eto’o a reçu le génie. Il n’a pas reçu le souffle.

Il a reçu la lumière. Il n’a pas reçu la tradition. Il a reçu la gloire. Il n’a pas reçu la réconciliation intérieure. Alors son génie s’est retourné contre lui. VOILA POURQUOI IL DOIT DEVENIR NDÉBI.

  1. Rassembler : la voie mystique

Rassembler n’est pas un acte politique. C’est un acte spirituel. Rassembler, c’est réunifier ce qui a été dispersé. C’est réparer les fractures invisibles. C’est faire circuler à nouveau le Hemlé entre les joueurs, les supporters, les dirigeants, les ancêtres. Et pour que le Hemlé revienne, il faudra poser des gestes forts : Demander pardon au corps blessé de Martin Maya, symbole de la violence interne. Régler définitivement le cas Joël Matip, fils du pays, colonne de sagesse et esprit errant de ces enfants du Cameroun nés ailleurs.

Réintégrer André Onana, gardien du souffle, enfant de la foudre. Sans ces gestes, le cercle reste brisé.

  1. Le Cameroun ne joue pas — il invoque

Le Cameroun ne joue pas pour gagner. Il joue pour exister. Pour se souvenir. Pour se rassembler.

Pour se réinventer. Et tant que le Hemlé circulera, tant que l’esprit de Karthoum soufflera, tant que les ancêtres veilleront, le football camerounais restera ce qu’il a toujours été :une liturgie en mouvement, un peuple qui court, une nation qui respire, un mystère qui ne s’éteint pas.

 

 

 

 

 

 

 

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