Réforme constitutionnelle : Momo juge « faible » l’offensive diplomatique de Kamto

Le climat politique camerounais s’embrase autour de la nouvelle architecture du pouvoir. Entre la dénonciation d’un « coup d’État constitutionnel » par le MRC auprès de l’Union Africaine et la contre-offensive musclée du ministre Jean de Dieu Momo, la création d’un poste de vice-président nommé cristallise toutes les tensions. Récit d’une bataille juridique et diplomatique où se joue l’avenir de la transition à Yaoundé.

Le landerneau politique camerounais est en ébullition depuis le 23 avril 2026. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), formation phare de l’opposition dirigée par Maurice Kamto, a franchi une étape diplomatique majeure en saisissant officiellement l’Union Africaine (UA). Au cœur de cette requête : la dénonciation de ce que le parti qualifie de « changement anticonstitutionnel de gouvernement ».

Le grief est précis. Le MRC accuse le régime de Yaoundé d’avoir verrouillé la succession à la tête de l’État par l’instauration d’un vice-président nommé, et non élu, chargé de terminer le mandat en cas de vacance du pouvoir. Pour l’opposition, ce mécanisme est une « source de crises politiques » majeures, sapant les fondements de la légitimité démocratique.

La riposte d’Etoudi : Le « bouclier » de la continuité

La réplique gouvernementale n’a pas tardé. Jean de Dieu Momo, Ministre délégué auprès du Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, est monté au créneau pour défendre la réforme portée aux côtés de Laurent Esso au Parlement. Le ministre dénonce une « manipulation de l’opinion publique internationale » et balaye les craintes d’un revers démocratique.

Selon le membre du gouvernement, la réforme est « légalement et constitutionnellement justifiée ». Dans une démonstration visant à rassurer les partenaires internationaux, Jean de Dieu Momo soutient : « La succession par le vice-président n’est pas une mécanique de conquête du pouvoir (…) mais c’est un mécanisme de suppléance prévu par la Constitution ». Pour lui, le vice-président n’est que le « prolongement institutionnel » du chef de l’État élu.

Entre stabilité et légitimité

L’argumentaire ministériel se veut pragmatique face aux craintes d’embrasement brandies par ses adversaires. Jean de Dieu Momo juge l’argument démocratique du MRC « faible » et inverse la perspective sécuritaire : le véritable péril pour le Cameroun serait « la vacance du pouvoir, et non sa continuité comme elle vient d’être organisée ».

Alors que Yaoundé tente de déconstruire la rhétorique du MRC, les regards se tournent désormais vers Addis-Abeba. Saisie de faits concrets et de textes contradictoires, l’Union Africaine devra arbitrer ce duel. Entre le respect de la souveraineté institutionnelle invoqué par le pouvoir et les exigences de l’architecture de gouvernance de l’UA réclamées par l’opposition, l’issue de cette saisine sera déterminante pour la stabilité du pays.

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