« Si le Président de la République est francophone, le Vice-Président devrait être anglophone »

Dans cette analyse de l’avocat et défenseurs des causes humaines Agbor Balla, l’instauration  d’une Vice-présidence sans prendre en compte la question de l’équilibre national permettra  de faire évoluer l’impression d’exclusion et de compromettre l’équilibre que cette réforme est censée assurer.

« UNE VICE-PRÉSIDENCE POUR L’ÉQUILIBRE NATIONAL : LE CAMEROUN DOIT BIEN FAIRE LES CHOSES

Buea, 3 Avril 2026

Alors que le Parlement délibère sur des réformes constitutionnelles, le Cameroun se trouve à un moment décisif—un moment qui façonnera non seulement ses institutions, mais aussi le fragile équilibre de son unité nationale.

La proposition de création du poste de Vice-Président constitue, en principe, une avancée importante pour garantir la continuité de l’État et clarifier la succession présidentielle. Cependant, au-delà de l’architecture institutionnelle, une question essentielle et incontournable se pose : quel équilibre ce nouveau poste va-t-il incarner ?

Le Cameroun n’est pas un État homogène. C’est une nation construite sur une coexistence délicate d’identités linguistiques, juridiques et historiques. Toute réforme de la structure exécutive doit donc impérativement refléter cette réalité.

Depuis des décennies, la communauté anglophone exprime des préoccupations légitimes quant à sa marginalisation au sein des institutions de l’État. Ces préoccupations ne sont pas théoriques : elles sont ancrées dans des expériences vécues et ont contribué à des tensions qui continuent de fragiliser la cohésion nationale.

C’est dans ce contexte que la création d’un poste de Vice-Président doit être envisagée non pas comme un simple ajustement administratif, mais comme une opportunité constitutionnelle de restaurer la confiance et de renforcer l’unité nationale.

Si le Président de la République est francophone, le Vice-Président devrait, en tant que principe constitutionnel et exigence d’équilibre national, être anglophone.

Il ne s’agit pas de division.
Il s’agit d’inclusion.
Il ne s’agit pas de politique.
Il s’agit de stabilité.
Il ne s’agit pas de symbole.
Il s’agit de confiance.

Une telle approche permettrait de :

  • Refléter le caractère bilingue et bijuridique de l’État
    • Renforcer la cohésion nationale
    • Apporter une réponse significative aux revendications de longue date
    • Consolider la légitimité au plus haut niveau du pouvoir exécutif

À l’inverse, instaurer une Vice-Présidence sans tenir compte de la question de l’équilibre national risquerait d’accentuer le sentiment d’exclusion et de compromettre la stabilité que cette réforme est censée garantir.

Si, pour une raison quelconque, ce principe n’est pas retenu, la Constitution devrait alors garantir clairement que la succession au sommet de l’État reflète ce même équilibre, notamment par la reconnaissance explicite d’un anglophone comme successeur constitutionnel.

Le Parlement a aujourd’hui une responsabilité historique : non seulement réformer les institutions, mais aussi rétablir la confiance entre l’État et les citoyens.

Ce moment ne doit pas être manqué.

Le Cameroun mérite un ordre constitutionnel qui reflète toutes ses identités, protège son unité et inspire confiance en son avenir.

Barrister Nkongho Felix Agbor “Agbor Balla”
Président, Centre pour les Droits de l’Homme et la Démocratie en Afrique (CHRDA)

 

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