L’avocat défenseur des droits humaines estime qu’ « un vice-président anglophone n’est pas une récompense. C’est un pas minimum vers le rétablissement de la confiance, la correction de l’injustice historique et la prévention de la fragmentation de notre nation ».
Rejeter les aspirations légitimes d’un peuple en tant que « délinquance politique » n’est pas seulement trompeur – c’est profondément irresponsable. Ministre Momo, avec respect, votre déclaration est non seulement dédaigneuse mais elle est dangereuse.
Décrire l’appel à un vice-président anglophone comme une « délinquance politique récompensante » est une distorsion grossière de l’histoire. La crise anglophone n’a pas commencé avec les armes ; elle a commencé avec le démantèlement systématique de l’arrangement constitutionnel de 1961, l’érosion de nos systèmes juridique et éducatif et des décennies de marginalisation et d’exclusion.
Vous demandez si chaque région devrait prendre les armes pour revendiquer une représentation. C’est un cadrage faux et irresponsable. Les anglophones n’ont pas pris les armes pour revendiquer le pouvoir, ils ont été poussés en marge jusqu’à ce que certains choisissent la résistance. La vraie question est : pourquoi l’État n’a-t-il toujours pas répondu aux griefs légitimes avant qu’ils ne s’aggravent ?
Votre référence aux luttes passées dans d’autres régions n’annule pas les exigences anglophones mais elle expose les incohérences du système.
Et quand vous suggérez que les appels à une représentation équilibrée menacent l’unité nationale, vous inversez la vérité. C’est précisément le refus de reconnaître le double héritage et le déséquilibre structurel du Cameroun qui a affaibli cette unité.
Vous parlez d’un « Cameroun unique et indivisible », mais ignorez les termes sur lesquels cette unité a été négociée en 1961. L’unité n’est pas un slogan, c’est un contrat. Et ce contrat a été violé à plusieurs reprises.
Un vice-président anglophone n’est pas une récompense. C’est un pas minimum vers le rétablissement de la confiance, la correction de l’injustice historique et la prévention de la fragmentation de notre nation.
Déposer ces réalités comme du bruit ou de l’agitation régionale est exactement la raison pour laquelle la crise persiste. Si nous sommes sérieux à propos de l’unité, alors nous devons être sérieux à propos de la vérité, de la justice, de l’inclusion et non du déni habillé en patriotisme
Nkongho Félix Agbor « Agbor Balla »
Avocat | défenseur des droits de l’homme
Président du Centre pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique (CHRDA)




