Alors que l’opposant Issa Tchiroma Bakary, exilé en Gambie depuis la présidentielle de 2025, conditionne son retour au Cameroun à une mobilisation populaire, le prêtre et activiste Ludovic Lado brise le silence. Dans une sortie incisive, l’homme d’Église dénonce l’attitude d’un leader jugé déconnecté des sacrifices consentis par ses militants, ravivant le débat sur la responsabilité des chefs de file de l’opposition.
Le ton est donné. À l’approche de la célébration de la 54e édition de la fête de l’Unité nationale, l’ambiance politique camerounaise s’enflamme à nouveau autour d’une question : le peuple est-il prêt à accueillir Issa Tchiroma Bakary ? À cette interrogation lancée par le candidat classé deuxième au scrutin présidentiel de 2025, le père Ludovic Lado oppose une fin de non-recevoir magistrale. L’activiste et homme de Dieu n’a pas usé de la langue de bois pour rappeler l’opposant à la réalité des faits et au respect de la mémoire des contestations post-électorales.
Entre propagande d’exil et sacrifices militants
Depuis quelques jours, les partisans d’Issa Tchiroma s’activent sur les réseaux sociaux à travers la campagne « Je suis prêt ». Une stratégie de communication visant à préparer un retour triomphal pour celui qui s’était autoproclamé président avant de quitter précipitamment le territoire national. Pour justifier cet exil en Afrique de l’Ouest, l’homme politique évoquait des menaces directes contre sa vie.
Cependant, cette posture passe mal auprès d’une partie de l’opinion et des observateurs. Le père Ludovic Lado s’est fait le porte-voix de ce mécontentement en publiant un message court mais percutant à l’endroit de l’exilé :
« Un peuple te pardonne et te vote, 50 meurent dans la rue. 2 000 sont en prison… et tu demandes des preuves qu’il est prêt ? Tu es le messie ? Pardon, reste en Gambie ! »
Ce rappel historique met en exergue le contraste saisissant entre le sommet et la base. Pendant qu’Issa Tchiroma Bakary se mettait à l’abri, ses lieutenants et soutiens de la première heure — à l’instar de Djeukam Tchameni, du Pr Aba’a Oyono ou d’Anicet Ekane — subissaient la rigueur des détentions et des pressions administratives. Malgré la répression policière au lendemain du vote du 12 octobre 2025, de nombreux citoyens ont risqué leur liberté et leur vie pour revendiquer ce qu’ils considéraient comme leur victoire. Exiger aujourd’hui de nouvelles garanties de la part de ce même peuple est perçu par le prêtre comme une exigence déplacée.
Alors que le Cameroun traverse une période d’accalmie relative, les velléités de réactiver les tensions politiques se heurtent désormais au scepticisme ambiant. Pour le père Ludovic Lado, le temps des discours virtuels est révolu. Sa conclusion, sans concession, sonne comme un défi lancé aux partisans de l’opposant : « S’il a des militants, qu’ils sortent pour aller déloger Biya. Ce n’est pas le bavardage sur TikTok qui le fera ». Une manière de rappeler que la légitimité politique ne se mesure pas au nombre de partages sur les réseaux sociaux, mais bien à la capacité d’assumer les responsabilités de ses ambitions sur le terrain national.




