Visite papale: « Le peuple a vu la messe, pas la facture »

Pape Léon 14 au Cameroun discours
Après la visite du souverain pontife, la grogne se fait ressentir au sein de l’opinion publique sur la facture liée à cette visite. C’est l’objet de la sortie du journaliste Charles Chacot Chime.  
« VISITE DU PAPE : LE PEUPLE A VU LA MESSE, MAIS PAS LA FACTURE

Le Cameroun a reçu la visite du pape Léon XIV. L’événement fut grandiose : routes nettoyées à la hâte, carrefours embellis pour quelques jours, mobilisation exceptionnelle des forces de sécurité, cortèges impeccables, discours solennels et ferveur populaire soigneusement encadrée.

Comme toujours lorsqu’il s’agit de grandes visites officielles, l’État a voulu montrer son plus beau visage. Et comme toujours aussi, lorsque la fête se termine, une question demeure : combien cela a-t-il réellement coûté ?

Depuis quelques jours, un chiffre circule : 50 milliards de FCFA. Une somme vertigineuse. Suffisamment énorme pour choquer dans un pays où les hôpitaux manquent d’équipements, où les écoles publiques survivent dans le dénuement, et où les populations vivent au rythme des promesses budgétaires.

Mais à ce jour, aucune source officielle ne confirme ce montant.

Le chiffre est repris, commenté, partagé, instrumentalisé. Il alimente l’indignation populaire. Pourtant, ni document budgétaire public, ni communication gouvernementale détaillée, ni état précis des dépenses ne permettent d’établir la vérité.

Et c’est peut-être là le vrai problème.
Car au Cameroun, le scandale n’est pas seulement dans les montants dépensés. Le scandale est dans l’opacité.

Dans un État normal, les coûts d’une visite d’État sont connus : sécurité, logistique, transport, hébergement, aménagements. Les citoyens peuvent consulter les chiffres, les médias peuvent les analyser, et le débat public peut se faire sur des bases réelles.

Chez nous, les citoyens voient les décorations, les cortèges, les réfections express, les dépenses visibles. Mais lorsqu’il faut parler chiffres, le silence devient liturgie.

Alors les rumeurs remplacent les comptes.

Faute de transparence, chacun avance ses estimations. Les réseaux sociaux fabriquent des budgets parallèles. Les frustrations populaires gonflent les montants. Et l’État, en refusant de publier clairement les dépenses, laisse prospérer toutes les spéculations.

Ainsi, qu’il s’agisse de 5 milliards, de 15 milliards ou des fameux 50 milliards, la question essentielle reste la même : pourquoi les Camerounais ne savent-ils pas combien leur a coûté cet événement ?

Dans un pays où la moindre taxe est imposée avec rigueur au citoyen, il est paradoxal que les grandes dépenses publiques soient entourées d’un tel brouillard.

Le contribuable doit payer, mais il ne doit pas savoir.
Voilà le véritable miracle administratif.

On demande au peuple des sacrifices permanents au nom des restrictions budgétaires, mais lorsque l’État dépense pour son prestige, la transparence devient facultative.

Le citoyen finance, mais n’est pas informé.
Et c’est là que la foi civique vacille.

Parce qu’au-delà de la visite du souverain pontife, ce qui dérange n’est pas la célébration religieuse ni la portée diplomatique de l’événement.

Ce qui dérange, c’est cette culture bien installée où l’argent public circule dans le silence, loin des regards, loin des bilans, loin de toute reddition de comptes.

Le chiffre de 50 milliards est peut-être faux. Peut-être exagéré. Peut-être fantaisiste.

Mais si les citoyens y croient si facilement, c’est parce qu’ils ont appris que dans ce pays, l’absence de transparence rend crédible toutes les extravagances.

Et tant que les dépenses publiques resteront enveloppées de mystère, chaque visite prestigieuse laissera derrière elle le même parfum : celui d’une célébration officielle pour les yeux du peuple, et d’une facture invisible pour son portefeuille.

Au Cameroun, les cérémonies sont publiques, mais les comptes restent sacrés ».

Par Charles Chacot CHIME, journaliste de veille

 

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