Malgré la création de 197 356 nouveaux emplois en 2025, le monde du travail au pays de Paul Biya reste suspendu entre une croissance de 4,3 % et un secteur informel omniprésent. Lors de la 140e fête internationale du Travail au Boulevard du 20 mai, syndicats et gouvernement ont plaidé pour une mutation profonde. L’enjeu : transformer une dynamique de recrutement réelle en une protection sociale durable pour une population active précarisée.
Le défilé de la 140e Journée internationale du Travail, ce 1er mai 2026 à Yaoundé, n’était pas qu’une simple parade de carrés d’entreprises. Sous le thème du dialogue social et du travail décent, l’événement a servi de baromètre à une économie camerounaise aux chiffres contrastés. Si le pays affiche une résilience avec 197 356 nouveaux postes générés l’an dernier, le socle de ce dynamisme demeure fragile.
L’ombre de l’informel
Derrière les sourires des défilants, la réalité statistique de l’Institut National de la Statistique (INS) s’impose avec dureté. Le secteur informel absorbe encore 90 % de la population active, regroupant plus de 3,4 millions d’unités de production. Cette prédominance crée un décalage entre la croissance économique de 4,3 % et le vécu quotidien des travailleurs, souvent privés de couverture sociale.
Face à ce constat, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, a martelé l’urgence d’une prise de conscience collective :
« Je vous invite tous à faire de cette journée une occasion d’évaluation lucide. Que ce soit une réflexion prospective sur l’avenir du travail d’aujourd’hui et de demain dans notre pays. »
Jeunesse et sous-emploi
Le grand paradoxe camerounais réside dans son taux de sous-emploi, qui culmine à 70,6 %. Pour les jeunes de 15 à 34 ans, dont le taux d’emploi plafonne à 39,3 %, l’insertion est une course d’obstacles. Pourtant, sur le terrain, certains managers tentent d’insuffler une culture de la reconnaissance.
Jean-Guy Menyengue, responsable d’agence bancaire, souligne l’importance de l’engagement émotionnel :
« On doit d’abord aimer ce qu’on fait. C’est la raison pour laquelle nous portons la charge du travail au niveau du cœur. »
De son côté, Sida Hélène, cadre à la Camwater, voit dans cette célébration un levier de motivation :
« Cette fête permet à l’employé d’être valorisé. Notre patron fait des efforts pour promouvoir l’activité de l’eau afin que chaque ménage puisse en bénéficier. »
Un horizon à stabiliser
Si les 197 356 emplois créés en 2025 marquent un point positif, ils ne suffisent pas à résorber un chômage qui frôle les 35 %. La transition vers le travail décent exige plus que des recrutements massifs ; elle nécessite une formalisation des emplois existants. En cette rentrée de semaine du 4 mai 2026, l’enjeu pour le gouvernement reste de convertir ces acquis numériques en stabilité réelle pour les millions de Camerounais qui, chaque matin, font battre le cœur de l’économie nationale, souvent sans filet de sécurité.




