Le paysage énergétique camerounais change de visage. Par un décret présidentiel signé ce 4 mai 2026, l’opérateur historique Eneo disparaît pour laisser place à la Société camerounaise d’électricité (Socadel). Cette mutation juridique consacre la renationalisation complète du secteur, avec un capital social de 43,9 milliards de FCFA désormais placé sous le contrôle exclusif de l’État du Cameroun.
C’est la fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère pour l’énergie électrique au Cameroun. Vingt-cinq ans après l’amorce de la privatisation de l’ex-Sonel, l’État reprend officiellement les pleins pouvoirs. Le rachat définitif des parts du fonds britannique Actis, acté en février dernier pour 78 milliards de FCFA, a ouvert la voie à cette refondation institutionnelle majeure.
Une structure publique aux ambitions souveraines
La Socadel, dont le siège reste maintenu à Douala, n’est pas qu’un simple changement de sigle. Dotée d’un capital de 43,9 milliards de FCFA, elle jouit d’une personnalité juridique et d’une autonomie financière. Bien qu’elle soit désormais une société à capital public, ses statuts lui offrent une certaine souplesse : elle n’est pas assujettie au Code des marchés publics, tout en restant sous le regard de l’État actionnaire unique.
Cette transition s’accompagne d’un transfert immédiat des actifs et du personnel. Les employés de l’ex-Eneo constituent le socle de cette nouvelle entité, et la convention de concession est tacitement reconduite. Toutefois, le décret de transformation laisse la porte ouverte à une future ouverture du capital vers des partenaires privés ou publics, prouvant que l’État se garde une marge de manœuvre stratégique.
Une gouvernance sous haute surveillance
Le contrôle politique de la Socadel est verrouillé. Le conseil d’administration, nommé pour un mandat de trois ans, rassemble le « gratin » de l’administration et du secteur énergétique. On y retrouve des représentants de la Présidence, des Services du Premier ministre, ainsi que les directeurs généraux de la Sonatrel et d’EDC.
Cette synergie entre les différents bras séculiers de l’État vise un objectif précis : mettre fin au cloisonnement qui a souvent freiné les performances de la chaîne électrique nationale. Le choix du futur top management, qui sera proposé par l’actionnaire unique, sera le prochain signal fort attendu par les observateurs.
Si la bataille juridique et capitalistique est gagnée, le défi de la lumière, lui, reste entier. La Socadel hérite d’un réseau fragile et d’un endettement massif. En reprenant seul les commandes, l’État camerounais assume désormais une responsabilité totale devant les usagers. Au-delà du changement de nom, c’est bien la fin des délestages et l’amélioration de la qualité de service qui serviront de juge de paix à cette réforme historique.




