Le procès de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo a basculé dans une phase décisive ce lundi 1er juin au tribunal militaire de Yaoundé. La diffusion inédite des images de la torture de la victime et la présentation d’une expertise cybernétique de mille pages ont plongé la salle dans la stupeur. Les données cryptologiques établissent désormais des connexions précises entre les principaux accusés.
Il y a des audiences qui marquent un tournant irréversible dans l’histoire judiciaire d’une nation. Après de longs mois d’une procédure souvent critiquée pour sa lenteur, les débats entourant le meurtre de l’animateur radio, survenu en janvier 2023, ont soudainement changé de rythme. L’entrée de la cour dans la « section technique et technologique » a confronté l’assistance à la réalité matérielle des faits.
L’horreur en direct : la salle face aux images
Pour la première fois depuis l’ouverture du procès, le tribunal a ordonné la projection d’un extrait vidéo documentant le calvaire de Martinez Zogo. La séquence montre la victime ensanglantée, ligotée et bâillonnée, implorant ses ravisseurs de lui laisser la vie sauve.
Dans les travées, l’émotion a submergé les personnes présentes. « C’est effroyable », a réagi le journaliste et sociologue Serge Aimé Bikoi. De son côté, le spécialiste des droits humains Polycarpe Xavier Atangana a décrit une « salle d’audience en larmes » devant ce spectacle. Cette vidéo a été extraite du téléphone portable de l’accusé Justin Danwe, ancien chef des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE).
Les mille pages de l’expertise cybernétique
Le cœur de cette bascule repose sur le témoignage du 32ᵉ témoin appelé à la barre : le Pr Georges Bell Bitjoka, spécialiste en sécurité des systèmes d’information et en cryptologie. Mandaté pour décrypter le contenu numérique des téléphones saisis, l’expert a produit un rapport d’analyse de mille pages.
L’examen de de cinq terminaux mobiles — deux appartenant à Justin Danwe et trois à son ancien supérieur hiérarchique, Maxime Eko Eko — a révélé des échanges textuels explicites. « Il est mort, je crois qu’il est mort. Je suis inquiet », indique l’un des messages au moment des faits, avant de se faire répondre : « Ne vous inquiétez de rien, il n’y aura rien si vous ne dites rien. »
Au-delà de ces messages, l’expert a minutieusement reconstitué les flux de communication grâce aux données des opérateurs de téléphonie. Ses conclusions mettent en évidence un réseau de contacts réguliers reliant Justin Danwe d’un côté, à l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et à Modeste Mopa, ancien directeur général des impôts de l’autre, concernant les dossiers de la « ligne 94 ». Un élément audio démontre également que Danwe avait donné l’ordre formel de filmer l’opération.
La session reprend ce mardi 2 juin 2026 avec une étape cruciale : l’interrogatoire de l’expert par les avocats de la partie civile. Après la matérialisation de ces preuves chiffrées et visuelles, le procès s’installe dans une rigueur technique objective. La défense fait désormais face à des données scientifiques documentées, rendant la bataille des faits particulièrement serrée pour la manifestation de la vérité.





