Le départ de Paul Biya pour un court séjour privé en Europe relance le débat sur la gestion des affaires courantes au sommet de l’État. Pour l’économiste Dieudonné Essomba, ce déplacement illustre les carences du plateau technique médical national et pousse l’opposition dans ses retranchements, interrogeant sur l’effectivité du pouvoir en l’absence physique du Chef de l’État.
Le président Paul Biya a quitté Yaoundé en début de semaine dernière, mettant le cap sur l’Europe pour ce que la présidence qualifie de « court séjour privé ». Comme à l’accoutumée, la destination précise demeure un mystère, alimentant les spéculations sur l’état de santé du locataire d’Etoudi. Si ces voyages sont devenus des rendez-vous quasi routiniers, ils n’en demeurent pas moins des marqueurs de la fragilité de notre appareil d’État.
Invité sur le plateau de l’émission Club d’Élites sur Vision 4, l’économiste et consultant Dieudonné Essomba a saisi cette actualité pour poser un diagnostic sans concession sur la gestion publique au Cameroun.
Le cri du cœur sur la santé publique
Au-delà de la politique politicienne, c’est le secteur de la santé qui cristallise les frustrations de l’analyste. Pour Dieudonné Essomba, le recours systématique aux hôpitaux étrangers pour les bilans de santé du Chef de l’État est l’aveu silencieux d’un échec cuisant.
« Si on avait de bons plateaux techniques dans nos hôpitaux, le président n’allait pas se déplacer pour aller faire ses bilans », a-t-il martelé. Une pique adressée à la politique de santé nationale qui, malgré des investissements, peine à offrir une autonomie médicale, même au plus haut sommet de la pyramide sociale.
Une interpellation directe aux opposants
Le débat a rapidement pris une tournure plus incisive lorsque Dieudonné Essomba a abordé la posture de l’opposition camerounaise. Connu pour ses sorties iconoclastes, l’analyste a lancé un défi qui résonne comme une provocation aux leaders de la scène politique nationale : « Pourquoi les opposants ne profitent-ils pas de l’absence de Biya pour aller au palais, vu que le président n’est pas là ? »
Par cette interrogation, Essomba pointe du doigt ce qu’il perçoit comme une inertie de l’opposition, incapable, selon lui, de proposer une alternative crédible ou de saisir les opportunités de vacance perçue pour réclamer une transition ou une gestion plus dynamique des affaires de la cité. Pour l’économiste, la logique institutionnelle actuelle semble si verrouillée qu’elle finit par enfermer les acteurs politiques dans une impuissance volontaire.
Au moment où le Cameroun navigue dans une période de transition politique incertaine, les mots de Dieudonné Essomba rappellent une vérité simple : la force d’une nation ne réside pas seulement dans ses discours, mais dans la solidité de ses institutions et dans la capacité de ses forces vives à proposer, au-delà des critiques, une vision structurante pour le devenir de la République. Le débat, lui, reste ouvert.





