Vingt-et-un ans que le Cameroun naviguait à vue. Ce vendredi 24 avril 2026, le coup d’envoi du quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) a enfin été donné. Sur toute l’étendue du territoire, des milliers d’agents quadrillent les quartiers pour chiffrer une nation en pleine mutation. Entre enjeux de développement et modernisation numérique, l’État parie sur cette opération pour sortir de l’approximation et mieux cibler ses investissements publics.
L’attente fut longue, presque une génération. Depuis le dernier dénombrement de 2005, qui affichait un compteur à 17 millions d’âmes, le visage du Cameroun a radicalement changé. Urbanisation galopante, crises sécuritaires et poussée démographique ont rendu les anciennes données caduques. Pour corriger cette myopie statistique, les autorités ont déployé une armada d’agents recenseurs, avec une mission qui s’étire du 24 avril au 29 mai 2026.
Sur le terrain
À Yaoundé, sous un soleil déjà lourd, l’agitation est palpable. Au quartier Général, Aline, agente de recensement, patiente devant un portail, son terminal numérique en main. Sa mission matinale est claire : identifier les foyers avant le grand interrogatoire prévu dans quelques jours.
« Tout ce que nous cherchons à savoir, c’est le nombre de personnes vivant dans le ménage et si ces personnes pratiquent une activité agropastorale », explique-t-elle. Cette phase de repérage permet de baliser le terrain « pour que l’on puisse revenir dans environ dix jours maximum pour le recensement proprement dit ».
Une cartographie humaine et agropastorale
L’innovation de ce RGPH-4 réside dans son couplage avec le recensement de l’agriculture et de l’élevage. L’État ne veut pas seulement savoir combien nous sommes, mais aussi comment nous produisons. Au micro de RFI, Hyppolyte Ngue, superviseur sur le terrain, détaille la méthodologie :
« Il s’agit de numéroter les structures et d’identifier les ménages présents. C’est ce que nous faisons maintenant afin d’estimer, dans chaque zone, le nombre de structures et donc la population aussi. »
Ce travail de fourmi vise à obtenir des statistiques fiables, indispensables pour orienter les politiques de santé, d’éducation et d’infrastructures. Dans les bureaux de l’Institut National de la Statistique (INS), on insiste sur l’importance de la participation citoyenne pour la réussite de ce mois de collecte.
Sortir de la dictature de l’estimation
Pendant deux décennies, les décideurs ont dû se contenter de projections annuelles souvent contestées. En lançant cette opération d’envergure nationale, le gouvernement camerounais espère clore le chapitre de l’incertitude. Le défi est immense : couvrir les zones rurales reculées, les centres urbains denses et les régions touchées par l’instabilité.
Au-delà du simple chiffre global — que beaucoup estiment aujourd’hui dépasser les 30 millions d’habitants — c’est la radiographie des conditions de vie qui déterminera la pertinence des réformes à venir. La boussole nationale est enfin de sortie ; reste à savoir quel chemin elle indiquera pour les dix prochaines années.





