Cameroun : quand la consolation remplace l’exigence de victoire

Benjamin Zebazé démonte le discours de consolation autour de l’élimination du Cameroun, qu’il juge maquillé en fausse promesse d’avenir.

Le Journaliste à la retraite dénonce la baisse des standards, l’illusion d’une “jeune équipe en construction” et l’absence de responsabilité après un échec sans maîtrise ni efficacité.

Pour lui, le Cameroun n’a pas besoin de patience ni de poésie, mais de résultats, de rigueur et d’exigence au plus haut niveau.

IL FERA JOUR ÉVIDEMMENT SUR LE FOOTBALL CAMEROUNAIS MAIS PAS DANS CES CIRCONSTANCE

« Il fait toujours jour après une élimination. Après un match sans tir cadré aussi. Après une CAN ratée, pareil. Le soleil, lui, ne pratique pas l’auto-consolation.

Le problème de cette chronique, c’est qu’elle n’analyse pas : elle anesthésie. Elle prend un échec net, puis le transforme en promesse pour que personne ne se sente comptable de rien. C’est doux, c’est joli, c’est “sirupeux”. Mais ce n’est pas sérieux.

D’abord, “l’opération sixième étoile s’est arrêtée vendredi”. Non.

Elle ne s’est pas arrêtée vendredi : elle n’a jamais réellement démarré. On ne parle pas d’un rêve fauché en finale, on parle d’une élimination précoce, sans supériorité, sans maîtrise, sans tranchant. Habiller cela en “l’avenir a commencé”, c’est de la littérature, pas du football.

Ensuite, cette posture d’outsider — “peu misaient un kopeck” — est une comédie.

Le Cameroun ne va pas à une CAN pour “ne pas faire de la figuration”. Le Cameroun est attendu au minimum au dernier carré. Le reste, c’est déjà une baisse de standards. Et cette baisse, vous la maquillez en sagesse.

Mais le sommet de la manipulation, c’est l’histoire de la “jeune équipe en construction”.

Soyons honnêtes : cette soi-disant jeunesse est composée, pour une part importante, d’éléments déjà présents dans les listes de l’ancien sélectionneur. Celui-là même qu’on a viré à deux semaines du coup d’envoi. Donc on fait quoi exactement ? On change l’étiquette, pas la bouteille.

Et puisqu’on parle de responsabilité, parlons-en vraiment :

on a dégagé un sélectionneur à la dernière minute, puis on a confié une CAN, compétition majeure, exigeante, impitoyable, à un entraîneur certes valeureux, mais dépourvu de véritable expérience internationale au niveau où se gagnent les titres. Ce n’est pas une insulte. C’est un constat. La CAN n’est pas un terrain d’apprentissage pour le staff technique. Elle est le tribunal des compétents.

Pendant ce temps, on nous demande d’applaudir “le travail accompli en si peu de temps”.

Quel travail, exactement ? Clarifier des rôles ? Installer une ossature ? Donner une lisibilité ? Très bien. C’est la fiche de poste.

La question, c’est est-ce que ça gagne ? Est-ce que ça domine ? Est-ce que ça punit les erreurs adverses ? Est-ce que ça produit dans les moments décisifs ? Là, silence. Parce que la vérité, c’est que le Cameroun a manqué ce qui distingue les grandes équipes : l’efficacité, la maîtrise, la froideur.

Autre détail qu’on efface au passage :

l’équipe qu’on appelait hier “vieillissante” avec ces mêmes joueurs que vous célébrez aujourd’hui s’est confortablement qualifiée pour cette CAN, avec deux journées restantes. Là, étrangement, c’était “piètre performance”, “équipe sans âme”, “il faut virer”.

Mais quand on sort en quarts, on découvre soudain une “base”, une “perspective”, une “génération”.

Ce n’est pas de la lucidité : c’est de la contorsion. De la sorcellerie.

Et l’arbitre, évidemment, finit toujours par apparaître comme personnage principal quand l’attaque n’existe pas. Zéro tir cadré ? On cherche un penalty imaginaire pour faire comme si l’essentiel s’était joué ailleurs. Non. L’essentiel s’est joué dans notre incapacité à créer, cadrer, tuer un match.

Le football n’est pas une science exacte, d’accord.

Mais il y a une science simple que tout champion maîtrise c’est la responsabilité. Cette chronique fait exactement l’inverse. Malheureusement. Elle dépolitise l’échec, elle le parfume, elle le transforme en “échec utile” et elle invite à la patience comme si le Cameroun était en stage de formation.

Le Cameroun n’a pas besoin de patience.

Il a besoin de standards. Il a surtout besoin qu’on cesse de confondre consolation et analyse.

Oui, demain il fera jour.

Mais à ce rythme, ce qui attendra encore, ce n’est pas seulement la sixième étoile.

C’est le retour du Cameroun au niveau où on le respecte pour ses résultats… pas pour ses intentions.»

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