Chronique : Vincent Sosthène Fouda parle de la « malédiction » d’Eto’o.

Dans cette tribune, l’universitaire surfe sur un certain nombre de manquement de l’exécutif actuel de la fecafoot mené par Samuel Eto’o à quelques heures de l’inauguration du siège de cette institution sportive.

Le football camerounais, jadis colonne vertébrale de notre imaginaire collectif, est en train de s’effacer du monde.

Et ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’effondrement des Lions indomptables.  C’est la chute des Lionnes, autrefois phares du continent, aujourd’hui éliminées de toutes les compétitions majeures.

C’est la décomposition simultanée de toutes les catégories, de toutes les ligues, de toutes les structures. Une malédiction ?  Non.  Une mécanique.

  1. Le football féminin : le dernier rempart qui s’effondre

Il fut un temps où les Lionnes étaient notre fierté silencieuse.  Elles compensaient les errances des hommes par une discipline, une constance, une dignité.  Elles étaient la preuve que le Cameroun pouvait encore produire de la performance, même dans le chaos. Aujourd’hui, elles tombent les unes après les autres.  Éliminées.  Éteintes.  Effacées. Ce n’est pas un accident.

C’est le signe que tout le système est en panne, que plus rien ne fonctionne, que plus aucune catégorie n’est épargnée. Quand même les Lionnes s’effondrent, c’est que la maison brûle jusqu’aux fondations.

  1. Juin 2026 : le Cameroun devant la télévision, spectateur de sa propre absence

Dans quelques semaines, le monde entier vibrera au rythme du football.  Le Canada, le Mexique et les États‑Unis accueilleront les nations qui ont su se préparer, se structurer, se projeter.

Et le Cameroun ?

Il sera devant l’écran.

Comme un pays qui regarde les autres vivre ce qu’il n’a plus la force de rêver.

Le Cameroun ne sera pas sur les terrains.  Il ne sera pas dans les tribunes.  Il ne sera pas dans les débats.  Il ne sera nulle part.

Sauf peut‑être Samuel Eto’o, qui, fidèle à son personnage, trouvera bien un salon VIP, un tapis rouge, un plateau télé, un espace pour signer des autographes et rappeler qu’il fut un grand joueur.

Le paradoxe est cruel :

le président de la Fecafoot sera présent à la Coupe du monde, mais pas le Cameroun.

III. La besace vide : un pouvoir qui n’a rien bâti

Cinq ans de présidence.

Cinq ans de promesses.

Cinq ans de slogans.

Cinq ans de conflits.

Et au bout du compte :

rien.

– Pas de championnat structuré.

– Pas de centres de formation.

– Pas de politique du football féminin.

– Pas de stratégie pour les jeunes.

– Pas de gouvernance stable.

– Pas de résultats sportifs.

– Pas de vision.

La besace est vide parce qu’elle n’a jamais été remplie.

On ne peut pas redistribuer ce qu’on n’a pas construit.

  1. La malédiction : un héros prisonnier de son propre mythe

La malédiction Eto’o n’est pas mystique.

Elle est politique.

Elle tient à ceci :

Eto’o a cru que son passé suffirait à fabriquer l’avenir.

Il a confondu prestige et institution.  Il a confondu charisme et gouvernance.

Il a confondu autorité et stratégie.

Il a dirigé la Fecafoot comme on dirige un vestiaire :  par l’impulsion, par la loyauté personnelle, par l’émotion.

Or une fédération se dirige par la méthode, la collégialité, la planification.

Le héros s’est pris au piège de son propre récit.

Et le pays s’est pris au piège avec lui.

  1. Le Cameroun face au vide : que restera‑t‑il après Eto’o ?

La question n’est plus de savoir si Eto’o réussira.  Il ne réussira pas.  Le réel a déjà tranché. La question est :  que restera‑t‑il après lui ? Car le plus grave n’est pas l’échec d’un homme.

Le plus grave est l’absence d’alternative, l’absence de projet, l’absence de relève. Le Cameroun a produit des talents.  Il n’a pas produit d’institutions. Pardon concluons avant la tombée de la nuit: sortir de l’ère des illusions. La disparition du Cameroun des grandes compétitions n’est pas un accident.  C’est le résultat d’un système qui refuse de se réformer.

D’un football qui vit sur des souvenirs.  D’une fédération qui n’a jamais su devenir une maison commune.  D’un pays qui confond encore le salut collectif avec le destin d’un individu. Il faudra un jour rompre ce cycle.

Non pas en cherchant un nouveau sauveur, mais en reconstruisant patiemment, méthodiquement, humblement. Le Cameroun ne manque pas de talents.  Il manque de structure.  Il manque de vision.   Il manque de courage institutionnel.

La malédiction Eto’o n’est pas celle d’un homme.  C’est celle d’un pays qui tarde à devenir adulte.

 

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