Huit mois après les manifestations ayant suivi la présidentielle d’octobre 2025, près de 500 citoyens croupissent toujours dans les geôles camerounaises. Entre détentions provisoires qui s’éternisent, décès en milieu carcéral et recours contesté aux tribunaux militaires, le dossier devient une patate chaude pour le système judiciaire, alors que les familles des prévenus, désespérées, crient à l’arbitraire.
Le silence qui entoure le sort de ces centaines de citoyens est aussi assourdissant que la détresse qui règne derrière les murs des prisons de Kondengui, Douala, Bafoussam ou Foumban. Depuis octobre 2025, environ 500 personnes attendent leur procès. Pour la défense, cette attente prolongée a dépassé le stade de la procédure judiciaire pour devenir, selon les mots de Maître Fabien Kengne, une véritable « punition collective ».
L’urgence humanitaire et juridique
Le constat dressé par l’avocat est alarmant. En ce mois de juin 2026, la mort de deux détenus à la prison centrale de Yaoundé, faute de soins appropriés, est venue rappeler l’urgence de la situation. Me Kengne fustige une détention qu’il juge arbitraire : « Les faits ayant été constatés en flagrant délit, aucun témoin n’est requis. Ces personnes devraient passer en jugement direct. »
Au-delà de la lenteur, c’est la compétence de la juridiction saisie qui interroge. Ces civils sont pour la plupart poursuivis devant des tribunaux militaires pour des chefs d’accusation allant de l’insurrection au simple défaut de carte nationale d’identité. Une militarisation de la réponse judiciaire que dénoncent les organisations des droits de l’homme, y voyant une volonté délibérée de museler toute expression politique.
La posture du RDPC
Face à cette fronde, le camp du pouvoir appelle à la retenue. Pour Patrick Rifoe, communicant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), il convient de ne pas instrumentaliser le dossier. « Si des gens sont innocents, les procédures les innocenteront », assure-t-il, tout en concédant un besoin de célérité. Selon lui, la lenteur actuelle trouverait sa source dans un manque de moyens logistiques de l’appareil judiciaire, et non dans une volonté politique de maintien en détention.
Pourtant, force est de constater que le sujet reste tabou dans l’hémicycle. Alors que la session parlementaire de juin vient de s’achever, aucune interpellation officielle n’a été portée au gouvernement sur ce dossier qui divise profondément l’opinion.
Dans l’attente d’un procès qui se fait désirer, ce sont des familles entières qui restent suspendues à une décision de justice dont l’horizon demeure, pour l’heure, parfaitement bouché. Au Cameroun, la ligne est mince entre la sérénité de la procédure et l’oubli des prévenus.




