Plus de quarante fonctionnaires de police et civils ont été écroués à la prison centrale de Kondengui dans le cadre d’un présumé détournement massif de carburant à la Délégué Générale à la Sûreté Nationale. Le préjudice financier, étalé sur près d’une décennie, s’élève à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.
C’est un séisme judiciaire d’une ampleur inédite qui secoue les fondations de la police camerounaise. Dans la nuit du 9 au 10 octobre 2026, plus de quarante suspects — parmi lesquels des hauts gradés, des officiers, une dizaine de femmes et des complices civils — ont été transférés à la prison centrale de Kondengui sur instruction du Tribunal Criminel Spécial (TCS).
Au cœur du dossier figure un système bien rodé de prélèvement et de revente frauduleuse des dotations en carburant destinées au fonctionnement des services de sécurité. Selon les données arrêtées par les enquêteurs, le volume des produits pétroliers volatilisés atteint 22 765 mètres cubes auprès de la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP), représentant un préjudice direct documenté de 21,06 milliards de FCFA par le ministère de l’Eau et de l’Énergie, et des pertes globales estimées jusqu’à 40 milliards de FCFA sur dix ans.
L’enquête préliminaire, menée par les éléments du Groupement Spécial d’Opérations (GSO) à Mvan, a conduit à la mise sous mandat de dépôt de plusieurs responsables de la chaîne logistique, notamment le Commissaire Divisionnaire Henrick Walter Elouna, l’Officier de Police Principal Benoît Pompidou Tossom, ainsi que des gérants de soutes stratégiques à Yaoundé, Bamenda et Soa.
Si cette opération est présentée par la hiérarchie comme une action d’assainissement interne, plusieurs observateurs s’interrogent sur l’implication de la haute chaîne de commandement et sur la traçabilité complète des bénéficiaires de ce réseau. Alors que les investigations du TCS se poursuivent pour déterminer l’ensemble des responsabilités, l’opinion publique attend de savoir si cette procédure permettra d’établir toute la vérité sur ce pillage de deniers publics.





