Le week-end dernier, le village de Ndzerem-Nyam, dans le département du Bui, a été le théâtre d’une tuerie d’une rare violence, faisant au moins 14 victimes civiles. Entre rumeurs de représailles militaires et thèses de conflits intercommunautaires, le silence assourdissant des autorités camerounaises alimente l’angoisse. La société civile, profitant de l’écho de la récente visite papale, exige désormais l’ouverture d’un dialogue inclusif pour stopper l’hémorragie.
L’horreur a frappé au cœur de la fête. Alors que la communauté de Ndzerem-Nyam, située dans l’arrondissement de Jakiri (Nord-Ouest), célébrait un événement culturel traditionnel, le crépitement des armes à feu a brusquement remplacé les chants. Le bilan, encore provisoire, fait état d’au moins 14 morts, parmi lesquels figurent plusieurs femmes. Au-delà des vies fauchées, le paysage est celui d’une désolation matérielle : des habitations ont été réduites en cendres et des motos incendiées, laissant les survivants dans un dénuement total.
L’opacité des faits et le bal des hypothèses
Dans cette enclave du département du Bui, l’information circule au compte-goutte, filtrée par la peur. Deux versions s’affrontent violemment sur le terrain de la vérité. D’un côté, certains témoignages évoquent un regain de tensions entre communautés locales. De l’autre, des voix s’élèvent pour pointer du doigt une opération musclée des forces de défense camerounaises, engagées dans la traque des groupes séparatistes qui infestent la zone.
Interrogées à plusieurs reprises, les autorités administratives et militaires conservent un silence de plomb. Qui étaient réellement les cibles ? S’agissait-il de civils pris entre deux feux ou de combattants neutralisés ? Pour l’heure, aucune communication officielle n’est venue éclairer cette zone d’ombre.
L’« effet Léon XIV » confronté à la réalité du terrain
Ce massacre survient dans un contexte symbolique fort. Il y a à peine dix jours, le Pape Léon XIV foulait le sol de Bamenda, apportant un message de paix dans une région meurtrie par huit années de conflit. Cette visite, perçue comme un souffle d’espoir, semble déjà balayée par la réalité brutale du conflit anglophone.
Face à cette « banalisation » de la mort, la société civile sort de sa réserve. Un collectif de douze organisations a publié un mémorandum exigeant une rupture avec la gestion purement sécuritaire de la crise.
« Nous réitérons notre appel à l’ouverture immédiate d’un dialogue inclusif pour mettre fin à cette violence devenue impunie », martèlent les signataires.
Les chiffres d’une crise sans fin
Depuis 2016, le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a radicalement transformé la démographie et l’économie locale :
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Plus de 6 000 morts selon les dernières estimations des ONG internationales.
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700 000 déplacés internes fuyant les zones de combats.
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Des centaines d’écoles fermées, privant une génération entière d’éducation.
À Ndzerem-Nyam, les corps ont été enterrés, mais la plaie reste béante. Pour les observateurs de la scène politique camerounaise, ce nouveau drame illustre l’urgence d’une solution politique, loin des fusils, pour que le sang ne soit plus le seul lien qui unit encore les populations de Jakiri au reste de la nation.





