L’ancien ministre des Postes et Télécommunications et diplomate Jean-Pierre Biyiti Bi Essam est décédé ce 23 avril 2026 à l’âge de 76 ans. Journaliste de formation et figure centrale de la haute administration, il a marqué l’histoire récente du Cameroun par son pilotage de la modernisation numérique et son passage à la tête de la diplomatie en Israël. Portrait d’un serviteur de l’État aux multiples visages.
Le rideau est tombé au petit matin de ce jeudi pour l’une des signatures les plus polyvalentes de la République. Jean-Pierre Biyiti Bi Essam s’est éteint des suites de maladie, seulement deux mois après avoir quitté ses fonctions d’ambassadeur en Israël. Né à Mvoula, dans la région du Sud, cet homme de lettres et de chiffres laisse derrière lui un héritage administratif bâti sur plus de trois décennies.
De la plume aux hautes sphères du Palais
Avant de devenir le visage du gouvernement, Biyiti Bi Essam était une voix de la presse. Sorti de l’École supérieure internationale de journalisme de Yaoundé (ESIJY) en 1974, il fait ses classes à Cameroon Tribune comme chef de rubrique. Son ascension le mène à la direction de l’information de la CRTV en 1990.
Intellectuel de haut vol, il ne s’est pas contenté du micro. Titulaire de deux doctorats — l’un en sémiologie en 1980 et l’autre en sociologie en 1984 — il entre dans les arcanes du pouvoir dès 1990. Conseiller technique à l’Enseignement supérieur, puis chargé de mission à la Présidence de la République, il devient un rouage essentiel de la « machine » administrative.
L’architecte des télécoms et l’ombre du soupçon
C’est au ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel) qu’il grave son nom. Secrétaire général de 2001 à 2007, puis ministre de 2009 à 2015, il est considéré comme le « réformateur engagé » de la modernisation numérique du pays. Sous son magistère, le Cameroun a entamé sa mutation technologique profonde.
Cependant, sa carrière ne fut pas un long fleuve tranquille. Son passage au ministère de la Communication (2007-2009) a été entaché par une polémique tenace. L’opinion garde en mémoire les soupçons de détournement de fonds liés à la couverture médiatique de la visite du Pape Benoît XVI en 2009. Malgré ces remous, il conserve la confiance du Chef de l’État, qui lui confie les rênes de la Campost avant de l’envoyer en mission diplomatique.
Le dernier exil diplomatique
En 2018, il dépose ses valises à Tel-Aviv comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire. Il y représente le Cameroun auprès de l’État d’Israël pendant huit ans, jusqu’au réaménagement diplomatique de février 2026 où il est remplacé par Ndifontah Buma Nyamndi.
Avec son décès, le Cameroun perd un serviteur éclectique, capable de jongler entre la rigueur de la sémiologie et les enjeux froids de la fibre optique. Pour beaucoup, il restera ce « grand commis » dont le parcours illustre parfaitement les mutations de l’administration camerounaise de ces quarante dernières années.





