La révision annuelle des listes électorales s’est achevée sur une nette progression du fichier national, franchissant le cap des 8,2 millions d’électeurs. Mais un chiffre polarise l’attention : la participation anecdotique de la diaspora, avec seulement 234 nouveaux inscrits enregistrés à l’étranger.
C’est un paradoxe qui ne manquera pas d’alimenter les débats dans les salons politiques de Yaoundé comme des capitales occidentales. Au terme de huit mois d’intensives opérations de refonte et de révision des listes électorales, menées du 2 janvier au 31 août 2026, Elections Cameroon (ELECAM) a dressé un bilan globalement encourageant sur le plan national, tout en mettant en lumière une fracture béante avec les Camerounais établis hors des frontières nationales. Présenté mardi 1er septembre par le directeur général des Élections, le Dr Erik Essousse, ce bilan pose les jalons d’une échéance électorale sous le signe de l’attente et du toilettage minutieux.
Une dynamique nationale portée par la jeunesse
Sur le terrain, la mobilisation a porté ses fruits avec l’enregistrement de 252 830 nouveaux électeurs à l’échelle du pays. Une radioscopie de ces chiffres révèle une forte vitalité de la jeunesse, qui représente le gros bataillon des nouveaux inscrits avec 169 225 jeunes enrôlés. Sur le plan genre, les hommes devancent légèrement les femmes (150 954 contre 101 876), tandis que l’intégration de 176 personnes vivant avec un handicap témoigne d’une volonté d’inclusivité saluée par l’organe indépendant.
Géographiquement, la course en tête est menée par la région du Centre (37 595 nouvelles inscriptions), talonnée de près par l’Extrême-Nord (34 924), le Nord-Ouest (32 869), le Littoral (28 320) et le Sud-Ouest (28 112). Avant les opérations réglementaires de nettoyage, le fichier électoral national s’établit désormais à 8 238 778 électeurs. Un dynamisme qui contraste cruellement avec la léthargie observée au-delà des mers.
Le mirage de la diaspora : 234 inscrits pour des millions de citoyens
C’est l’enseignement le plus marquant — et le plus préoccupant — de cette campagne : sur les 252 830 nouveaux électeurs, seuls 234 vivent à l’étranger (150 hommes et 84 femmes). Dans un contexte où la diaspora camerounaise pèse démographiquement et économiquement d’un poids considérable, ce score famélique agit comme un révélateur.
Plusieurs interrogations légitimes se font jour quant à l’efficacité des dispositifs d’enrôlement au sein des représentations diplomatiques, à la circulation de l’information ou encore à l’accessibilité réelle des services d’ELECAM pour les citoyens de la ngoài. À cela s’ajoute la persistance d’un faible engouement pour le retrait des cartes d’électeur : sur les 887 910 cartes en souffrance depuis fin 2025, à peine 102 894 ont trouvé preneurs entre janvier et août, soit un taux de distribution famélique de 11,58 %. Pour pallier cette inertie, ELECAM mise désormais sur des méthodes de proximité, telles que le porte-à-porte et l’alerte par SMS.
Vers le toilettage et la vérité des urnes
La clôture de cette phase d’inscription, officialisée par Erik Essousse le 31 août dernier en terre de Ngoumou, ne constitue qu’une étape intermédiaire. Les équipes techniques d’ELECAM s’attellent désormais à la phase cruciale du toilettage du fichier, impératif légal destiné à extirper les doublons, les décédés et les inscriptions irrégulières.
Le calendrier est d’ores et déjà balisé : les listes électorales provisoires devront être rendues publiques au plus tard le 20 octobre 2026, avant la publication très attendue de la liste électorale nationale définitive au 30 décembre prochain. À l’heure où le Cameroun affine ses grands rendez-vous républicains, le défi de la participation active — particulièrement hors des frontières — demeure plus que jamais entier.





