Politique : pourquoi Kamto dérange?

Oscar Njiki, observateur de la scène politique camerounaise s’interroge à travers cette sortie sur la haine  qui fait rage actuellement envers Maurice Kamto le président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc).

Imaginez une cité accablée par une pandémie qui s’éternise, consumant les forces et les espérances de ses habitants. Un médecin arrive, réputé pour être le plus grand, le meilleur, celui dont l’art a déjà triomphé des maladies réputées incurables. La cité entière place en lui son espérance. (Les Camerounais avaient placé leur espérance en Maurice Kamto.)

Il se met à l’œuvre, cherche, expérimente, mais le remède tarde à se révéler. Alors, les autres médecins, incapables de trouver eux-mêmes une solution, l’accablent d’injures et réclament son bannissement. Pourtant, lui persévère, animé par la conviction qu’une issue existe. (Maurice Kamto a échoué ; il a déçu).

La vérité, chacun la connaît sans oser l’avouer : ce médecin est le meilleur, et demeure leur seule chance de salut. Mais parce qu’il n’a pas encore découvert le remède, il devient l’objet d’une haine publique. Cette haine, cependant, n’est qu’un masque : derrière elle se cache une espérance secrète. Ainsi, il est simultanément rejeté et attendu, honni et désiré. Sa présence dévoile la contradiction des hommes : ils abhorrent celui qui incarne leur unique espoir, parce qu’il leur rappelle leur propre impuissance.  (Kamto est insulté et dénigré parce qu’il a échoué et les autres sont conscients qu’ils n’ont aucune autre solution, l’unique solution « Kamto » a déjà échoué 100 fois.

Cette allégorie illustre  la situation de Kamto dans l’opposition camerounaise. Comme ce médecin, il est celui dont on attend la guérison politique, celui qui incarne la possibilité réelle de rupture. IL A ÉCHOUÉ. Mais parce qu’il n’a pas encore trouvé le « remède » pour faire tomber le régime, il devient l’objet d’un « refoulement » collectif : on déplace sur lui la frustration née de l’impuissance générale.

Les critiques contre lui ne sont qu’une « projection » : ses détracteurs lui attribuent leurs propres faiblesses et leur incapacité à agir. Il est aussi l’objet d’un « transfert » : à la fois porteur d’espérance et cible de haine, comme le médecin auquel on reproche de ne pas guérir assez vite, mais dont on sait qu’il est la seule chance de salut.

Enfin, cette critique permanente est une « sublimation ratée » : au lieu de transformer la pulsion de changement en action politique, elle se dissout en bavardage stérile.

Mais une question demeure : pourquoi n’a-t-on jamais reproché à un autre candidat de n’avoir pas fait tomber Biya ? Pourquoi ne reproche-t-on rien à ces opposants qui n’ont même rien tenté ? La vérité est dans le reproche : on ne reproche qu’à celui dont on sait qu’il est capable d’accomplir une mission de ne pas l’avoir (encore) accomplie.

On ne reprochera jamais au poisson de n’avoir pas grimpé à l’arbre, mais on fera ce reproche au singe. Le reproche est toujours proportionné à la capacité reconnue, même si elle n’est pas encore réalisée.

Avez-vous vu les gens reprocher à Tchiroma de n’avoir pas chassé Biya ? Lui qui, pourtant, a battu Biya à l’élection présidentielle ? Non. On reproche à Kamto de n’avoir pas chassé Biya après la victoire de Tchiroma… Ce paradoxe révèle une vérité profonde : ici, le reproche est la reconnaissance implicite d’une puissance.

Ainsi, la haine dirigée contre Kamto n’est pas un simple rejet, mais une forme de reconnaissance inversée. Elle est la preuve que, dans l’inconscient collectif, il est perçu comme celui qui peut accomplir ce que les autres n’ont jamais même tenté. On attaque celui qui incarne la possibilité, parce qu’il rappelle à chacun sa propre impuissance.

La scène politique camerounaise se lit ainsi comme une « topique » freudienne :

– Le « ça » est la pulsion brute de renversement, le désir irrépressible de voir Biya partir.

– Le « moi » est l’opposition, déchirée entre ce désir et la réalité de son impuissance.

– Le « surmoi » est la norme sociale et la peur, qui inhibent l’action et imposent la résignation.

Et au-delà, deux forces s’affrontent : « Eros », la pulsion de vie, qui anime le désir de rupture et de création d’un nouvel ordre ; et « Thanatos », la pulsion de mort, qui se manifeste dans l’inertie, la haine stérile et le sabotage. Kamto est le point de cristallisation de ce conflit : rejeté et désiré, il révèle que l’opposition ne lutte pas seulement contre un régime, mais contre ses propres contradictions intérieures.

Ce qui se joue autour de Kamto dépasse la simple dimension politique: c’est une dynamique psychique, une dramaturgie de l’inconscient collectif. Le reproche, la haine et la critique ne sont pas des signes de son inutilité, mais au contraire la preuve implicite de sa puissance. On ne reproche qu’à celui dont on sait qu’il est capable. Kamto est ainsi devenu le symptôme central de l’opposition camerounaise : miroir de ses contradictions, catalyseur de ses désirs refoulés, figure où s’affrontent « Eros » et « Thanatos ».

NB: nous ne sommes pas dans le domaine des fantasmes, mais dans celui de la psychanalyse.

OSCAR NJIKI

 

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