L’idylle politique post-présidentielle a volé en éclats à Yaoundé. Huit mois après le scrutin du 12 octobre 2025, la célèbre romancière Calixthe Beyala retire son soutien inconditionnel au candidat malheureux Issa Tchiroma Bakary. Invitée ce mercredi 27 mai 2026 sur le plateau de l’émission « Décrypter l’Afrique » de Canal 2 International, l’écrivaine a fustigé la fuite de l’opposant en Gambie.
Entre l’intellectuelle engagée et le leader du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), le cordon est définitivement coupé. Celle qui clamait au lendemain de la présidentielle de 2025 que « Tchiroma [était] en tête avec un score à la Soviétique » ne décolère pas. Ce mercredi, sur le plateau de Canal 2 International, Calixthe Beyala a acté sa rupture politique, refusant de cautionner un leader qui dirige la contestation par procuration depuis son exil à Banjul.
Le procès d’un exil jugé lâche
Pour la romancière, le péché originel d’Issa Tchiroma Bakary est d’avoir déserté le front national après avoir poussé la jeunesse dans la rue pour revendiquer sa prétendue victoire. L’écrivaine a livré un réquisitoire implacable :
« Il est parti en abandonnant les enfants face aux armes, face à la foudre des dirigeants […]. Nos enfants se sont trouvés sans personne pour les consoler. Ils sont morts seuls sans leader. Nos enfants sont en prison seuls sans leader. »
L’intellectuelle digère mal ce qu’elle qualifie de trahison de la parole donnée au peuple, un reniement d’autant plus flagrant qu’il met des vies en danger.
Le miroir de Maurice Kamto
Pour appuyer son propos et souligner le manque de courage de son ancien allié, Calixthe Beyala a convoqué l’histoire politique récente du Cameroun. Elle a tracé un parallèle cinglant avec l’attitude de Maurice Kamto au lendemain de la présidentielle de 2018. Le président du MRC, rappellera-t-elle, était resté sur le territoire national « avec ses gens », assumant les conséquences judiciaires de ses choix.
Le contraste est saisissant avec la posture actuelle du président du FSNC. Depuis la Gambie, ce dernier multiplie les mots d’ordre à distance, une stratégie que l’écrivaine tourne ouvertement en dérision :
« De donner des ordres de taper sur des casseroles depuis la Gambie, de faire quoi donc ? Quels sont les ordres qu’il pourrait donner qui feraient marcher ou fonctionner quelque chose ? Je ne les vois pas. »
Classé officiellement deuxième lors du scrutin d’octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary perd, avec ce désaveu de Calixthe Beyala, sa caution intellectuelle la plus influente. Pour le leader en exil, le retour de bâton est aussi politique que symbolique.




