Politique-Sénégal : Analyse d’un limogeage controversé

Jean Claude Mbede Fouda dans cette sortie analyse le limogeage du premier ministre sénégalais Ousmane Sonko par le président Diomaye Faye par décret n°2026-1128 signé ce 22 mai 2026.
« Le pouvoir d’État ne se partage pas. Il ne se découpe pas en morceaux au gré des amitiés politiques, des pactes de maquis ou des élans de gratitude.

C’est la dure, froide, mais indispensable leçon d’histoire que le président Bassirou Diomaye Faye vient d’infliger à Ousmane SONKO en le limogeant de son poste de Premier ministre. Au sommet de l’État, il n’y a de place que pour un seul homme. Même si c’est ton père, ton frère ou ton mentor qui t’a ouvert la voie : une fois que tu as juré sur la Constitution, tu deviens le seul et unique pilote.

Depuis des mois, nous assistions à un spectacle baroque au sommet de l’État sénégalais. Ousmane Sonko, drapé dans un costume de Premier ministre manifestement trop étroit pour son ego, voulait tout partager avec le président : le tapis rouge, les honneurs, la revue des troupes, et même l’autorité suprême. Avide de pouvoir, pressé de devenir le numéro un qu’il n’a pas pu être juridiquement, il tentait de jouer le rôle d’un « président du conseil d’administration » aux côtés de Diomaye Faye. L’objectif était clair : montrer aux Sénégalais et au monde que c’est lui, et lui seul, qui tenait la boussole et guidait les pas du chef de l’État.

Mais Sonko a commis une erreur de débutant. Il a oublié qu’au palais de l’Avenue Roume, le constitutionnel et l’institutionnel finissent toujours par écraser le politique.

Depuis son élection, Bassirou Diomaye Faye a surpris. Là où beaucoup croyaient voir de l’hésitation ou de la faiblesse, il y avait en réalité la marque d’un grand dirigeant : la mesure, la prudence, le calme. Pour être le père de la nation, il faut savoir user de tempérance.

Face à cette posture présidentielle habitée par la gravité de la charge, le Sénégal subissait un Ousmane Sonko messianique, narcissique, populiste et épidermique. Un homme englué dans la nostalgie de la lutte, incapable d’accepter que son cadet et allié d’hier était devenu, par la force des urnes et de la Constitution, son chef spirituel et temporel.

La rupture était donc inévitable. Et disons-le clairement : elle est salutaire. La vie du Sénégal ne peut pas se résumer aux humeurs et aux querelles intestines du Pastef. Il existe une architecture institutionnelle millénaire dans ce pays, conçue pour veiller à ce que l’État reste debout, envers et contre tout. Ousmane Sonko a sacrifié ce volet sur l’autel de ses ambitions personnelles.

Pendant trois ans, Sonko a littéralement pris le Sénégal en otage. Tout le débat public tournait autour de son avenir, de ses procès, de ses colères. À peine installé à la primature, il a précipité le pays dans une campagne électorale permanente et inacceptable, cinq ans avant le prochain scrutin présidentiel, uniquement pour s’assurer des garanties pour son propre destin en 2029. Quel gâchis !

Pourtant, le président Diomaye Faye a fait preuve d’une loyauté irréprochable. Il est allé jusqu’à promulguer cette loi ad personam, taillée sur mesure pour blanchir le casier judiciaire de Sonko, alors qu’il disposait du droit de veto ou de la possibilité d’un blocage politique. Diomaye a honoré son contrat moral. Sonko, lui, a confondu la loyauté et la soumission.

Aujourd’hui, l’abcès est crevé. Ousmane Sonko est en dehors du gouvernement. Il pourra désormais exceller dans ce qu’il sait faire de mieux : jouer les opposants professionnels. Et le mandat du président Bassirou Diomaye Faye peut enfin véritablement démarrer.

Que va devenir le Sénégal au cours des trois prochaines années ? Le président va-t-il dissoudre le Parlement pour rebattre les cartes ? C’est une option, et même si le Pastef conserve une force électorale réelle, Diomaye Faye dispose désormais de l’initiative. Le président n’a pas dit son dernier mot, et sa parole est enfin libérée de la tutelle étouffante de son ancien Premier ministre.

Ousmane Sonko devrait méditer cette phrase historique de Barack Obama : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes. »

En voulant s’imposer comme l’homme fort, Sonko a fragilisé la présidence. Mais en le limogeant, Diomaye Faye a gagné ses galons d’homme d’État. C’est l’histoire qui reprend ses droits.

Jean Claude Mbede Fouda
Expert des Relations Internationales
Journaliste en retrait ».

 

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