Le cinéaste explique à travers cette sortie, le processus pour arriver au changement au soir des élections présidentielles prochaines.
«Une erreur commune consiste à penser que le changement se décrète ou se désire seulement. En réalité, celui qui veut produire le changement doit d’abord se donner une théorie du changement. Il doit répondre à la question de savoir comment il compte obtenir ce changement? Autrement dit, il doit se doter d’une vision stratégique, d’une méthode claire, d’une logique d’action qui lui permette de transformer une aspiration en dynamique concrète. L’histoire nous offre de multiples exemples. Certains ont obtenu le changement par la force, comme au Gabon où un coup d’État militaire a interrompu la continuité d’un régime des Bongo. D’autres ont choisi la voie de la guerre, comme l’UPC à une époque, au prix d’énormes sacrifices. D’autres encore ont cru au pouvoir des urnes, à l’image de Maurice Kamto, dont l’expérience a montré les limites dans un système verrouillé par Elecam.
Le changement peut aussi venir d’une succession arrangée, comme ce fut le cas lorsque Ahidjo transmit le pouvoir à Paul Biya, ou bien d’une intervention extérieure, comme en Côte d’Ivoire avec Ouattara appuyé par les forces françaises, l’ONU et, plus tard, la CPI contre Gbagbo. N’oublions pas l’Afrique du Sud illustre la force d’une lutte armée couplée aux mobilisations de masse, qui finit par faire plier le système d’apartheid. Enfin le changement par la rue. Le printemps arabe en a été l’illustration éclatante. De la Tunisie à l’Égypte, en passant par la Libye et la Syrie, des foules immenses se sont emparées de l’espace public pour renverser des régimes jugés illégitimes.
Ces trajectoires démontrent qu’il n’existe pas une seule voie, mais une pluralité de théories du changement, propres à chaque contexte. Au Sénégal, lorsque tout le monde réclamait qu’Abdoulaye Wade renonce à un nouveau mandat, Macky Sall, lui, avait compris que le vieux président ne reculerait pas. Sa propre théorie fut de se lancer tôt dans la compétition, avant ses rivaux, capitalisant ainsi sur l’usure de son adversaire. Ce calcul stratégique s’est avéré payant»




