Parfait Mbvoum salue l’engagement de Cabral Libii depuis 2018, mais relève plusieurs faiblesses : communication parfois contradictoire, programme mal expliqué et division de l’électorat.
Il pointe aussi des soupçons de connivence avec le pouvoir, alimentés par certaines attitudes jugées ambiguës.
Selon lui, intégrer rapidement une coalition serait stratégique pour éviter un échec électoral majeur.
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Présidentielles 2025: Analyse des élections : Le Cas Cabral
Il est évident que parmi tous les candidats en lice, Cabral est celui qui s’est le plus investi sur le terrain depuis 2018. C’est également celui qui a subi les persécutions les plus marquantes de la part du pouvoir ces derniers mois. Et lorsque nous parlons de répression politique, après John Fru Ndi, Kamto reste sans égal.
Parmi ces candidats, Cabral est celui que nous avons le plus côtoyé, avec qui nous avons même négocié en 2018 pour le compte d’Osih (voir photo ci-dessus). Aujourd’hui, rien ne peut se faire au Cameroun, en bien comme en mal, sans son implication. Excellent communicateur, il fera assurément parler de lui.
Cependant, après une analyse approfondie, plusieurs réserves émergent concernant sa candidature :
– Comportement des partisans : À l’instar d un parti politique dont la candidature a été injustement éliminée , son parti compte des fanatiques des réseaux sociaux qui attaquent systématiquement les citoyens qui ont des points de vue different. La différence est qu’ici, ils agissent sans pseudonymes. Recrutés parmi les députés, maires et cadres du parti, ils légitiment par leur statut des propos souvent excessifs, voire incohérents.
– Projet politique flou: Son programme de fédéralisme communautaire demeure mal expliqué et donc mal compris par l’opinion publique. Il est souvent réduit à un slogan simpliste – * »la communauté d’abord, rien que la communauté »* – ce qui dénature la vision de l’État qu’il prétend porter.
– Une communication à double tranchant : S’il excelle dans l’art oratoire, ses prises de position parfois contradictoires peuvent lui nuire. Par exemple, il a clairement exclu toute collaboration avec des anciens membres du gouvernement, visant implicitement Kamto. Pourtant, trois semaines plus tard, deux ministres ont rejoint l’opposition, devenant des acteurs clés de l’élection. Faudra-t-il travailler avec eux, bien qu’ils n’aient aucun passé militant ?
– Concurrence générationnelle : L’argument de la jeunesse, qui lui avait valu des soutiens en 2018, est aujourd’hui contesté par l’arrivée d’IYODI, plus jeune encore. Ce dernier pourrait lui siphonner une partie de l’électorat « people » et des réseaux sociaux.
– Division de l’électorat communautaire: La présence de trois candidats issus d’une même communauté (Boughe, Cabral, IYODI) risque de fragmenter le vote, affaiblissant leurs chances respectives au second tour.
– Frustrations locales : Certaines communes, comme Ezeka et Matomb, expriment un mécontentement envers le PCRN, ce qui pourrait limiter son influence.
– Recul dans le Grand Nord : Cabral avait beaucoup investi cette région, mais le départ de plusieurs figures locales a anéanti ses efforts. Les défections au sein du PCRN y sont désormais quotidiennes dans cette partie.
Dernier point, et non des moindres: malgré les persécutions subies, une partie de l’opinion publique soupçonne Cabral de connivence avec le pouvoir. Cette perception s’appuie sur trois éléments tangibles :
- L’absence de revendication claire concernant la publication de la liste électorale nationale, alors que cette question constitue pourtant un enjeu démocratique majeur.
- Le manque d’appel à des mobilisations fortes en dépit des persécutions subies, ce qui contraste avec la posture habituelle des opposants radicaux.
- Une répression gouvernementale paradoxalement mesurée: pourquoi le régime n’a-t-il pas poussé la provocation plus loin en suscitant, comme avec le MANIDEM, une double candidature au sein du PCRN ? Kona, pourtant mieux placé que Yebga dans les sondages internes, aurait pu servir de levier à une opération de déstabilisation – ce qui n’a pas été le cas.
Ces interrogations alimentent les doutes sur une éventuelle entente tacite, même si rien ne permet de l’affirmer de manière certaine.
Au vu de cette analyse, et dans la perspective des prochaines élections locales, il serait judicieux qu’il intègre sans délai une coalition gagnante. Un score inférieur à 6 % serait une catastrophe pour sa formation politique.
Ces observations sont formulées à titre consultatif et ne sauraient être mal interprétées.
Parfait Mbvoum
Président du Forum National Républicain





