Santé publique-Césarienne : « marchandisation de l’accouchement »

Dans cette sortie du politologue Paul Stéphane Menounga qui s’adresse directement au ministre de la santé publique le Docteur Manaouda Malachie, il fait des révélations fracassantes sur le taux de césarienne au Cameroun qui varie entre 19 % et 32 % selon les structures hospitalières.

« A Monsieur le Ministre de la Santé Publique du Cameroun

Objet: Lettre ouverte sur la pratique croissante des césariennes au Cameroun

Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur de venir très respectueusement attirer votre haute attention sur la problématique de la pratique de plus en plus préoccupante des césariennes dans les formations sanitaires camerounaises.

En effet, les statistiques disponibles révèlent que le taux de césarienne au Cameroun oscille aujourd’hui entre 19 % et 32 % selon les structures hospitalières, dépassant largement le seuil de 10 % à 15 % recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé. Dans certaines formations hospitalières de Yaoundé, les taux atteignent même plus de 30 %, tandis qu’environ 88 % des césariennes pratiquées le sont en urgence.

Parallèlement, les coûts liés à cette intervention varient entre 90 000 FCFA dans certains hôpitaux publics et plus de 500 000 FCFA dans plusieurs cliniques privées. Cette situation suscite de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique, notamment sur une possible marchandisation progressive de l’accouchement par césarienne dans notre système de santé.

Monsieur le Ministre,

L’État moderne ne saurait être uniquement un État administratif ; il doit également demeurer un État social et protecteur, garant de la dignité humaine et de la protection des citoyens les plus vulnérables. Or, dans un contexte marqué par la pauvreté, le chômage et la précarité sociale, de nombreuses familles camerounaises vivent aujourd’hui la césarienne comme un véritable traumatisme économique.

Si la césarienne constitue évidemment une avancée majeure de la médecine moderne lorsqu’elle est médicalement justifiée, elle ne doit jamais devenir un mécanisme de rentabilité financière au détriment des patientes. La santé ne peut être réduite à une logique commerciale.

Il devient donc urgent que votre département ministériel :

– renforce les mécanismes de contrôle et d’évaluation des indications de césariennes dans les hôpitaux publics et privés ;
– mette sur pied un système national d’audit obstétrical ;
– sanctionne les abus éventuels liés aux césariennes de convenance injustifiées ;
– améliore l’accès aux soins obstétricaux de qualité ;
– et ouvre un débat national sérieux sur la protection des femmes enceintes face aux dérives possibles du système sanitaire.

Monsieur le Ministre,

La crédibilité d’un système de santé se mesure aussi à sa capacité à protéger les citoyens contre les excès du marché. Une politique sanitaire responsable doit placer la vie, la dignité et l’intérêt des patientes au-dessus de toute logique financière.

Confiant en votre sens élevé des responsabilités et en votre engagement en faveur de la santé publique, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre de la Santé Publique, l’expression de ma très haute considération.

Par Paul Stéphane MENOUNGA »

 

 

 

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