Auditionné au Tribunal militaire de Yaoundé, le colonel Jean-Pierre Otoulou a livré les détails accablants de l’enquête préliminaire sur l’assassinat de Martinez Zogo. Ses révélations mettent à nu la logistique macabre du commando et le marché financier conclu entre le lieutenant-colonel Justin Danwé et l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga.
La lumière continue de percer les épaisses zones d’ombre de l’affaire Martinez Zogo. À la barre du Tribunal militaire de Yaoundé, le colonel Jean-Pierre Otoulou, qui a dirigé la commission mixte d’enquête, a captivé l’assistance en replongeant la cour dans les entrailles des investigations préliminaires et les aveux en cascade des principaux mis en cause.
Devant les juges, l’officier supérieur a détaillé par le menu la partition exécutée par le commando. Divisé en deux cellules distinctes, le groupe a opéré avec une méthode millimétrée. D’une part, l’équipe de repérage « Liclan », emmenée par Daouda et Tongue Nana, a assuré la surveillance de la cible en amont. D’autre part, l’équipe d’intervention — composée notamment du maréchal des logis chef Vincent Godje Oumarou et du caporal-chef Lenoir Dawa Bosco — a procédé à l’enlèvement. Coincés par un premier véhicule repéré, les ravisseurs ont dû transborder la victime dans un pick-up en cours de route, avant de la conduire dans un bâtiment à Ekounou pour y subir des tortures d’une rare violence. Des erreurs de manipulation, telles que le refus de se séparer des téléphones et des tasers déploré par Clément Ebo’o, ont lourdement plombé l’opération.
Mais le point d’orgue de cette déposition réside dans la mise en lumière de la connexion financière entre le lieutenant-colonel Justin Danwé et l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga. Après un déni initial rapidement balayé par les confrontations, Danwé est passé aux aveux. D’après le témoignage d’Otoulou, l’officier supérieur cherchait une intervention pour débloquer une avance de solde de 20 millions de francs CFA auprès du ministère des Finances. En contrepartie, Amougou Belinga lui aurait demandé de « faire taire » le journaliste. Une macabre transaction scellée par le versement de 500 000 francs CFA au complexe Beac de Mvan, avant le sinistre compte rendu final au lendemain du crime.
En étalant ainsi les rouages de cette machination au grand jour, le témoignage du colonel Otoulou fragilise un peu plus les lignes de défense des accusés, tout en documentant les tractations financières et les complicités présumées qui encadrent l’un des crimes les plus retentissants de l’histoire judiciaire récente du Cameroun.




