Évaluée à 5 000 milliards de francs CFA par la Caisse autonome d’amortissement, une masse financière colossale destinée aux projets de développement reste non décaissée. Entre défauts chroniques de maturation des projets et coûts exorbitants de cette dette dormante, la gouvernance des finances publiques camerounaises fait l’objet de vives critiques.
C’est un paradoxe financier qui interpelle au plus haut point. Alors que le pays formule des besoins immenses en infrastructures et en développement, près de 5 000 milliards de francs CFA dorment dans les livres comptables, complètement inexploités.
Ce montant astronomique, qui équivaut à environ 9 milliards de dollars, correspond aux « soldes engagés non décaissés » recensés au premier trimestre. Concrètement, il s’agit de lignes de crédit contractées auprès d’États et d’institutions financières internationales — parfois depuis plus de cinq ans — mais totalement immobilisées en raison de retards, de mauvais conception ou de l’abandon des projets initiaux.
Pour les observateurs de la scène économique, cette situation traduit des dysfonctionnements structurels profonds. L’universitaire Serge Godong pointe vertement de « graves lacunes en termes d’ingénierie de projets », soulignant un taux de réalisation du budget d’investissement public qui stagne aujourd’hui en deçà de 20 %.
Au-delà de cette inertie opérationnelle, la facture s’avère lourde pour le contribuable. Eugène Nyambal, ancien administrateur au FMI, dénonce une gestion absurde : le Cameroun s’acquitte d’intérêts sur ces ressources concessionnelles non consommées (aux taux de 3 % à 6 %), tout en allant emprunter par ailleurs sur les marchés à des taux frôlant les 12 % pour financer d’autres besoins. Une incohérence qui plombe inutilement la trajectoire de la dette nationale.
Conscient de cette contre-performance endémique, le ministère des Finances affirme qu’un plan d’action est engagé pour réévaluer les dossiers, identifier les blocages et procéder, le cas échéant, à des restructurations ou à des annulations de financements. Une thérapie de choc devenue impérative pour redonner de l’oxygène à l’investissement public au Cameroun.




