L’État du Cameroun vient de verser 20 milliards de FCFA à la Société camerounaise d’électricité pour régler les factures impayées de la Compagnie camerounaise de l’aluminium. Cette intervention financière d’urgence permet de renflouer la trésorerie du nouveau distributeur public d’énergie. Elle met également en lumière les fragilités structurelles et l’interdépendance financière des grands fleurons industriels nationaux .
YAOUNDÉ — L’équilibre financier du secteur énergétique national se maintient désormais à coups de subventions massives. Le gouvernement camerounais a procédé au déblocage d’une enveloppe de 20 milliards de FCFA destinée à solder la dette accumulée par la Compagnie camerounaise d’aluminium (Alucam) auprès de la toute nouvelle Société camerounaise d’électricité (Socadel). Ce versement direct de l’actionnaire unique vient pallier l’incapacité du géant de la métallurgie à honorer ses engagements énergétiques sur ses propres fonds.
Sur le plan comptable, Alucam a pourtant affiché des signaux de redressement encourageants à la fin de l’exercice 2025. L’entreprise basée à Édéa a enregistré un bénéfice net de 279,3 millions de FCFA, rompant ainsi avec les pertes massives de l’année 2024, qui s’élevaient à 23,7 milliards de FCFA. Toutefois, ce résultat positif s’avère insuffisant face à des indicateurs structurels profondément détériorés. Avec des capitaux propres négatifs évalués à -51,8 milliards de FCFA et un déficit de trésorerie nette de 17,5 milliards de FCFA, la viabilité opérationnelle de l’aluminier reste entièrement tributaire du soutien de la puissance publique.
Du côté du créancier, cette injection de liquidités revêt un caractère vital. Créée le 4 mai 2026 à la suite de la renationalisation des actifs d’Eneo, la Socadel a hérité d’un passif global de près de 850 milliards de FCFA de dettes et d’un déficit de trésorerie mensuel chronique de 13 milliards de FCFA. La récupération de ces 20 milliards de FCFA permet au distributeur public d’honorer ses propres engagements envers les producteurs indépendants d’électricité, à l’instar de KPDC et DPDC, évitant ainsi d’importantes perturbations dans la fourniture d’énergie sur l’ensemble du réseau national.
Depuis le retrait du partenaire stratégique Rio Tinto en 2014, l’État assume seul la gestion d’Alucam. Avec le contrôle total du secteur de l’électricité via la Socadel depuis mai 2026, l’État se retrouve désormais dans la configuration d’un arbitrage interne, déplaçant les capitaux d’une entité publique à une autre.
Cette politique de soutien systématique interroge à long terme la résilience des finances publiques nationales. Alors que les autorités s’attellent actuellement à la structuration d’un emprunt bancaire de 150 milliards de FCFA pour stabiliser les opérations de la Socadel, la viabilité du modèle économique des entreprises d’État demeure au centre des préoccupations. Faute de réformes structurelles profondes ou de l’introduction de nouveaux capitaux privés, le contribuable camerounais restera le principal garant de l’équilibre de ces mastodontes industriels.





