Pointé du doigt par Bloomberg et l’Agence Ecofin, le Cameroun fait face à une asphyxie financière croissante. Entre la chute de ses obligations en dollars, un service de la dette astronomique et un recours massif à des créanciers commerciaux aux taux onéreux, le pays hypothèque dangereusement son avenir économique et celui des générations futures.
L’actualité économique nationale s’inscrit sous le sceau de la grande préoccupation. Alors que les marchés internationaux scrutent avec inquiétude l’incertitude politique et l’absence prolongée du président Paul Biya, la santé financière du Cameroun tangue dangereusement. Entre la sous-performance de ses obligations libellées en dollars et l’envolée vertigineuse de son service de la dette, le pays se retrouve englué dans une spirale d’endettement de plus en plus lourde à porter pour l’État.
Le coût de l’emprunt : la double peine des créanciers commerciaux
Les récents rapports publiés par l’Agence Ecofin et le média américain Bloomberg lèvent le voile sur une réalité structurelle alarmante : le Cameroun ne perd pas seulement l’accès au crédit, il perd surtout l’accès à un financement bon marché.
Au cours du premier semestre 2026, 63 % des décaissements extérieurs provenaient de créanciers commerciaux privés, dont les taux d’intérêt alignés sur le marché sont nettement plus élevés, reléguant les bailleurs multilatéraux à 34,1 %. Cette dépendance accrue aux capitaux privés renforce le fardeau de la dette publique, portée à 15 607 milliards de FCFA en juin, soit 44,2 % du PIB, valant au pays une note « B » assortie d’une perspective négative de la part de l’agence Fitch.
La pression est d’autant plus suffocante que le pays a consacré la somme colossale de 1 059,3 milliards de FCFA au service de la dette entre janvier et juin 2026, dont une écrasante majorité (85,8 %) affectée au remboursement du principal. Ce déséquilibre chronique contraint l’exécutif à emprunter continuellement auprès de nouvelles institutions pour éponger les dettes antérieures.
Vers l’impératif d’une cure de rigueur structurelle
Au-delà de la conjoncture internationale, c’est le modèle de gestion interne qui est interpellé. Largement soutenue par la consommation, l’économie camerounaise souffre d’un manque de transparence dans des secteurs clés comme les mines et les douanes. Surtout, une part substantielle des fonds empruntés est injectée dans des dépenses non productives — déplacements médicaux onéreux, sécurité ou grands événements —, au détriment de l’investissement technologique, agricole et industriel.
Pour conjurer le risque d’un surendettement structurel irréversible, de nombreux observateurs appellent à une rationalisation drastique des charges publiques, incluant la réduction du train de vie de l’État et une décentralisation effective des compétences.
Le temps des arbitrages de complaisance est manifestement révolu. En reportant sur les générations futures le poids de dettes contractées à prix fort sans garantie de rendement productif, le Cameroun joue sa souveraineté à long terme. L’heure n’est plus aux rustines financières, mais à un sursaut national articulé autour de la rigueur budgétaire et de la transparence.





