Cameroun : l’ombre de la succession présidentielle plane sur le trésor de la SNH

Alors que la flambée des cours du brut promet un pactole financier à Yaoundé, les retombées économiques pour la population s’annoncent minimes. Entre le coût d’absorption des subventions aux carburants et une âpre bataille d’influence autour de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), le pétrole camerounais attise plus les tensions politiques au sommet de l’État qu’il ne soulage le panier de la ménagère.

Un pactole inespéré qui risque de filer entre les doigts des citoyens. Si les cours mondiaux du pétrole se maintiennent aux alentours de 100 dollars le baril tout au long de l’année, le Cameroun pourrait engranger près de 180 milliards de FCFA de recettes supplémentaires. Une aubaine sur le papier, mais une illusion dans les faits : la hausse des coûts des subventions à la pompe et les guerres d’influence autour du contrôle de la compagnie pétrolière nationale risquent de neutraliser entièrement cette manne financière.

La SNH, épicentre des tensions du pouvoir à Yaoundé

Au Cameroun, l’essentiel du trésor pétrolier transite par la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Mais l’entreprise publique traverse une zone de turbulences institutionnelles. Son administrateur-directeur général de longue date, Adolphe Moudiki (87 ans), gravement malade, n’est plus apparu en public depuis plusieurs années. Un vide politique qui a profité à son épouse, Nathalie Moudiki, accusée par plusieurs observateurs d’avoir étendu son pouvoir au sein de la structure.

Cette situation attise les convoitises dans les couloirs du Palais de l’Unité. Selon les révélations du magazine Jeune Afrique, la Première dame Chantal Biya aurait poussé pour le départ de Nathalie Moudiki afin d’imposer son propre fils, Franck Hertz Biya, à la tête du géant pétrolier. Bien que le ministre Secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, ait préparé le décret de nomination, le président Paul Biya a posé son veto. Franck Hertz a finalement été réorienté vers des filiales de Tradex à l’étranger, laissant la bataille de succession ouverte à la SNH.

L’ombre de l’après-Biya et la crise monétaire régionale

L’enjeu dépasse le simple vaudeville familial. À 93 ans, le président Paul Biya multiplie les absences prolongées, cumulant récemment plus de 49 jours hors du territoire national. Dans ce contexte, la bataille pour la SNH s’apparente à une répétition générale pour le contrôle des ressources stratégiques et du pouvoir exécutif.

« Il ne s’agit pas simplement d’un désaccord familial. Alors que le président Biya apparaît rarement en public, la lutte autour de la SNH est aussi une bataille pour le contrôle de la richesse pétrolière du Cameroun et du pouvoir politique après son départ. »

Sur le plan macroéconomique, la hausse du brut est un couteau à double tranchant. Pour préserver la paix sociale et éviter une explosion des prix du carburant à la pompe, l’État doit dépenser massivement. L’essentiel des 180 milliards de surplus risque donc d’être englouti par le gouffre sans fond des subventions aux hydrocarbures.

L’onde de choc préoccupe toute la sous-région. Dans la zone CEMAC, les réserves de change s’effritent, ravivant le spectre d’une dévaluation du franc CFA. Un scénario catastrophe qui renchérirait immédiatement le coût des denrées alimentaires, des médicaments et du matériel importé. Les milliards de la SNH serviront-ils à désenclaver le pays et équiper les hôpitaux, ou finiront-ils en trophée politique pour les barons du régime ? La question reste entière.

Partager l'article:
Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire sur mobile

QR Code
Ne perdez plus rien, recevez le résumé de l'actualité quotidienne, directement dans votre courriel.

Vous êtes désormais inscrit à notre newsletter, merci de faire partie de notre auditoire!

Dans la même catégorie: ,

Réunis du 21 au 26 juillet à Bertoua pour la clôture des Journées nationales des jeunes, plus de 3 500 catholiques ont célébré la fin

Invité de l’émission « Obama Time » sur Actualité 1, le pasteur Dieunedort Kamdem a prophétisé l’après-Paul Biya. En désignant Cabral Libii comme le successeur

Alors que le président Paul Biya franchit ce 27 juillet le cap des cinquante jours d’absence, le débat s’enflamme au Cameroun. Invité sur Équinoxe TV,

Parti pour un séjour privé en Europe le 7 juin dernier, le président Paul Biya demeure invisible depuis quarante-neuf jours. Cette absence prolongée du chef

À Mengong, le rideau est tombé, ce samedi 25 juillet 2026, sur la 5ᵉ édition du Festival culturel international Bia So Mengong (BSM). Pendant deux

Dans cette analyse du journaliste, il fait l’évocation des crises des valeurs au Cameroun avec cette nouvelle forme de dépravation des mœurs. UN SYSTÈME, PAS