Quatre jours après le drame qui a secoué l’arrondissement de Jakiri, dans le Nord-Ouest, les contours de la tuerie commencent à se dessiner malgré le mutisme des autorités. Entre l’heure de l’assaut, l’implication d’une unité d’élite et le bilan civil qui s’alourdit, 237ACTU.COM fait le point sur les faits établis d’une opération militaire qui a viré au bain de sang.
L’information peine à s’extraire des montagnes du département du Bui, mais les témoignages concordants permettent désormais de reconstituer la chronologie du massacre. Tout bascule dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 avril 2026. Entre 3h et 4h du matin, alors que le village de Ndzerem Nyam est plongé dans le sommeil, une colonne du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) investit la localité. L’objectif initial semble être un groupe de séparatistes présents sur les lieux, mais l’opération se transforme rapidement en une tragédie humaine de grande ampleur.
Le bilan : au-delà des simples chiffres
Ce que l’on sait de source sûre, c’est que la mort ne s’est pas contentée de frapper des belligérants. Le bilan, documenté par plusieurs acteurs de la société civile, fait état d’au moins 15 morts, dont une majorité de civils. Parmi les victimes, on dénombre plusieurs femmes, fauchées dans l’intimité de leurs foyers ou lors de la confusion de l’assaut.
À ce carnage humain s’ajoute un désastre matériel : plus de trente motos ont été incendiées et plusieurs habitations réduites en cendres. Pour les rescapés, le traumatisme est doublé d’une détresse matérielle totale, tandis que des familles restent sans nouvelles de proches portés disparus depuis la fin des tirs.
La faillite de la protection des civils
L’opacité qui entoure cette intervention du BIR interroge sur le respect des règles d’engagement. Amadu Tarnteh, de l’ONG Conscience africaine, pointe une dérive récurrente dans ce conflit qui dure depuis près de dix ans. Pour lui, les principes de discrimination et de proportionnalité sont systématiquement bafoués.
« Il faut toujours s’assurer avant de lancer une attaque de faire la distinction entre civils et belligérants », rappelle-t-il, soulignant que cet incident fait écho à celui de Muyuka, survenu le 16 avril, où des séparatistes avaient eux aussi tué six personnes.
Un silence d’État assourdissant
Malgré la gravité des faits, le gouvernement camerounais s’enferme dans un mutisme absolu. Aucune déclaration officielle n’est venue confirmer ou infirmer les circonstances de l’attaque. Cette absence de communication choque d’autant plus qu’elle survient moins de deux semaines après la visite du pape Léon XIV à Bamenda, où il avait dénoncé une « spirale de déstabilisation et de mort sans fin ».
Interrogé par RFI, Cyrille Rolande Bechon, directrice exécutive de Nouveaux droits de l’Homme, trouve cette absence de réaction insupportable :
« On devient habitués à ces événements malheureux et parfois sans issue pour les proches […]. Nous continuons de documenter pour demander de la redevabilité aux autorités. »
À Ndzerem Nyam, la vérité des faits est désormais une exigence de justice. Entre les décombres encore fumants et les tombes fraîches, le village attend que l’État camerounais assume enfin la responsabilité de protéger ses citoyens, même en temps de guerre.





