Pour l’économiste Dieudonné Essomba, l’illusion d’une démocratie sénégalaise applicable au Cameroun se heurte aux réalités de l’histoire. Face aux analyses saluant la fluidité institutionnelle à Dakar, le consultant de Vision 4 rappelle que l’extrême hétérogénéité sociologique camerounaise interdit toute transposition mécanique d’un système politique ouest-africain sous peine de provoquer de graves confrontations.
Vouloir calquer le logiciel politique de Dakar sur celui de Yaoundé relève de l’illusion. Pour Dieudonné Essomba, le Sénégal bénéficie d’une homogénéité culturelle et historique séculaire qui permet des consensus institutionnels pacifiques. Le Cameroun, à l’inverse, s’est construit sur une fragmentation originelle, associant des communautés aux parcours coloniaux différents et aux visions divergentes sur l’unité nationale ou le régime foncier.
L’histoire démontre cette incompatibilité des trajectoires :
« Senghor avait abandonné le pouvoir en faveur d’Abdou Diouf, cela s’est bien passé […]. Ahidjo a imité Senghor en laissant le pouvoir à Biya, cela s’est très mal passé, en suscitant un coup d’État sanglant et un verrouillage politique. »
En clair, le Cameroun ne dispose pas des mêmes amortisseurs sociaux. Un conflit ouvert au sommet de l’État ne se confinerait pas aux institutions comme à Dakar, mais risquerait de dériver en affrontements communautaires. Une mise en garde qui invite Yaoundé à concevoir ses propres mécanismes de stabilité, adaptés à la complexité de sa mosaïque nationale.




